RETRAITES : TOUT RESTE A FAIRE


Nous n’avons cessé de le répéter depuis des mois : la réforme des retraites, qui avait mis les syndicats dans la rue il y a quelques années, n’a rien réglé du tout, parce qu’elle ne réformait rien du tout. En effet on  restait dans la logique de la répartition, mais cela n’avait pas empêché les syndicats de crier au scandale alors même qu’on était sur leur ligne. En fait, le vrai scandale, c’est que l’on a perdu un temps précieux avec cette pseudo réforme des retraites .

Tout reste donc à faire. Cette fois-ci, ce n’est plus nous qui le disons, mais le très officiel Conseil d’orientation des retraites (COR), qui vient de publier un rapport sur les résultats attendus de la réforme de 2003. Le COR chiffre à 18 milliards d’euros le trou qui serait constaté, en l’absence de nouvelles mesures, en 2020, soit 0,8% du PIB. En 2050, le déficit atteindrait 112 milliards d’euros, soit 3,1% du PIB. Et 2050, c’est à peu prés le moment auquel prendront leur retraite les jeunes qui viennent de manifester contre le CPE : ils auraient mieux fait de manifester contre le scandale des retraites.

Pourquoi ? Parce que la réforme des retraites est strictement restée dans la logique de la répartition : on a allongé la durée des cotisations, on a augmenté les cotisations, et tout cela est simplement tombé dans le grand trou du déficit. Parce qu’il n’y a pas de solutions dans cette voie. Les départs massifs en retraite des papy-boomers (les anciens baby boomers de l’après-guerre), au cours des prochaines années, accompagné de l’allongement de la durée de vie, au moment où le nombre d’actifs-cotisants se réduit (arrivée des classes creuses sur le marché du travail) rendent le problème insoluble.

Tout simplement, le rapport retraités-cotisants se dégrade à toute vitesse : 53 retraités pour 100 cotisants en 2003, 65 en 2020 et 91 en 2050 : pratiquement 100%, ce qui veut dire que chaque actif, sur ses revenus, devrait faire vivre entièrement un retraité. Il y aurait 21,8 millions de retraités pour 24 millions d’actifs-cotisants. Et encore tous ces calculs se situent-ils dans le cadre d’hypothèses particulièrement optimistes. Le scénario de base du COR table sur un retour au plein emploi (4,5% de chômage) dès 2015 : nous n’en prenons pas le chemin. Et donc leur idée est que la baisse des cotisations chômage permettrait d’augmenter les cotisations retraites. Mais lors de la dernière prévision, on annonçait déjà le plein emploi pour 2010. Du’n rapport à l’autre, la date a dû être retardée... Avec ce qui s’est passé pour le CPE, nous ne sommes pas prêts de prendre le chemin du plein emploi. La situation des retraites sera donc pire que ne l’a prévu le COR.

Bien entendu, le rapport du COR en reste là, mais c’est déjà énorme : c’est reconnaître que la réforme des retraites n’a rien changé au fond du problème et que tout reste à faire. Mais quoi ? Le COR ne nous le dit pas. On verra lors de la prochaine étape en 2008. Mais nous pouvons aider le COR. La seule solution qui s’attaque au problème de fond, c’est le passage à la capitalisation. Tout le reste est illusion. Mais il est déjà bien tard. Car si l’on était passé à la capitalisation il y a dix ou vingt ans, les sommes auraient été placées  pendant ce temps là et se seraient ainsi multipliées. En reportant la décision, on ne fait que rendre plus difficile le passage d’un système à l’autre. Mais l’aveuglement de la classe politique est impressionnant. 120 milliards de déficit, cela ne trouble pas le gouvernement. C’est pourtant l’arrêt de mort de la retraite par répartition qui est signé par ces chiffres.

Bilan de la situation actuelle : tout reste à faire pour les retraites ; tout reste à faire pour l’emploi ; tout reste à faire pour la dette publique. Voilà déjà trois beaux chantiers. Gageons qu’ils ne seront pas abordés dans la campagne électorale qui s’annonce.

 

 

Le 12 Avril 2006  

 

 

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