LA CGT COULE LA SNCM


Nous avions déjà évoqué il y a quelques mois, lors de la crise précédente, la dérive de la SNCM (Société Nationale Corse Méditerranée). Cette entreprise de transport maritime, entièrement publique, a été ruinée à la fois par l’Etat, incapable comme toujours de gérer une entreprise  autrement qu’en lui accordant sans limite des subventions,  et par la CGT, qui règne en maîtresse dans le domaine maritime, notamment chez les dockers, où elle a un monopole d’embauche. Mais on pouvait espérer qu’après la crise précédente, la sagesse allait l’emporter, et cela d’autant plus que la SNCM est désormais en concurrence avec d’autres entreprises de transport maritime et compte tenu du fait que l’entreprise est pratiquement en état de cessation de paiement et qu’elle ne survit que par l’aide de l’Etat, c'est-à-dire du contribuable.

C’était compter sans la « combativité » de la CGT, qui sait toujours rebondir en trouvant de nouveaux prétextes de grève. Cette fois, il s’agissait d’un texte autorisant les transporteurs maritimes à utiliser une majorité de main d’œuvre non française (Ce sont les nouvelles dispositions du RIF, le registre international français)! De quoi faire la révolution en effet. Bel exemple en tous cas de solidarité avec les travailleurs des autres pays.

C’est au cours de la semaine dernière que les manifestations ont atteint leur sommet. Pour se faire entendre d’une opinion publique tournée vers Rome, il fallait frapper fort  Les marins CGT de la SNCM ont été à la hauteur. Ils ont allumé partout sur le port de Marseille des  incendies sur leurs « barrages ». Pour faire brûler quoi ? Des pneus et … des véhicules. En quelques heures, ce sont 40 véhicules qui sont incendiés, détruits, gravement endommagés ou purement et simplement jetés dans le port ! Des tracteurs, des remorques, des engins de levage, des voitures de services, des voitures particulières, des véhicules neufs pas encore livrés (des Renault Mégane) Le journal local, La Provence, raconte que le contenu de certaines remorques a été répandu sur les quais ou…a disparu (sic), sans doute pas pour tout le monde ! Des paquebots ont été « tagués », des officiers ont été contraints de quitter le bord. Le préfet de région résume la situation : « Un Vent de folie a soufflé sur le port. Tout le système de sécurité a été détruit. Des voitures ont servi à des rodéos et des courses de stock-car. ». Voilà pourquoi, après une nuit d’émeute, le préfet a fini par faire intervenir les forces de l’ordre.

C’est un nouveau coup dur porté au port de Marseille, car ces incidents ne sont que la suite d’une longue série. En avril, le port avait déjà été bloqué par les marins pêcheurs de Martigues, puis par ceux de Sète, puis par les remorqueurs. De quoi inciter les navires à éviter désormais le port de Marseille, au profit de Barcelone et Gênes, voire Toulon ou Nice.

Les conséquences pour la SNCM sont tout aussi catastrophiques. Comme le soulignent Les Echos, « le jusqu’au-boutisme des marins plonge la SNCM dans la crise ». La CGT n’accepte pas les mesures de redressement envisagées, la suppression nécessaire de certains emplois et l’ouverture même partielle du capital à des actionnaires privés : le mot de privatisation est reçu comme une provocation. Pour la CGT seules comptent la lutte des classes et l’idéologie.

Le déficit de la SNCM de l’an dernier est de 28 millions d’euros, mais cela ne compte pas pour la CGT, puisque le contribuable est, en toute hypothèse, là en soutien. Et les dix premiers jours de grève ont coûté à eux seuls plus de 3 millions d’euros. L’impact sur l’image de l’entreprise au moment où se font les réservations pour les beaux jours est irréparable. Le rythme de réservation a été divisé par dix ! En attendant, Corsica Ferries, concurrent direct de la SNCM, met en place des bateaux supplémentaires au départ de Toulon et de Nice et envisage de tripler ses rotations. Tant mieux pour elle : voilà qu’une entreprise privée assure la double continuité : la « continuité territoriale » et la continuité « du service public ».

Mais le pire n’est peut-être pas là. Il concerne le fonctionnement social de notre pays. En effet, le mouvement de grève concerne 136 personnes sur un effectif de 2 400. Autrement dit la majorité des salariés est contre cette grève et ces exactions, mais cela n’empêche pas la CGT de faire la loi. Cette situation est insupportable, les émeutiers et mutins auraient déjà du être poursuivis et condamnés. Cette immunité est inadmissible. D’autre part, il faut mettre un terme à ce gouffre financier : les contribuables  ne sont pas là pour payer les factures de la CGT. Il faut tout simplement privatiser l’entreprise si elle trouve preneur ou sinon la fermer. Mais la situation actuelle ne peut plus durer. Et le gouvernement n’a que trop attendu.

Après avoir coulé le France, la CGT coule maintenant le Napoléon Bonaparte. C’est Trafalgar !

 

 

 

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