LES DICTATEURS DE L’EX-URSS COMMENCENT A S’INQUIETER



La transition démocratique s’est faite, plus ou moins vite suivant les cas, mais elle s’est faite dans les pays d’Europe centrale et orientale. Elle est beaucoup moins évidente dans les pays qui appartenaient à l’ex-URSS, à l’exception des Etats Baltes, qui sont rapidement devenus des démocraties.

Les choses bougent depuis quelques mois. Cela a été le cas en Georgie, avec la révolution dite de la rose de novembre 2003. Cela a été, d’une manière peut-être plus médiatique et spectaculaire, le cas avec l’Ukraine et sa révolution orange de décembre 2004. Et cela semble le cas depuis le mois de mars 2005 au Kirghizstan, avec la révolution des tulipes, même si celle-ci n’est peut-être pas totalement achevée : l’ancienne nomenklatura est encore puissante. Mais enfin, cela représente trois dominos importants de l’ex-URSS, aux régimes crypto soviétiques, qui sont tombés. Les dictateurs des autres républiques peuvent se demander à qui le tour maintenant ?

Notre confrère Le Figaro fait un bilan exhaustif de la situation d’inquiétude qui règne chez ces dictateurs de l’ex-URSS. « De Minsk à Bakou, en passant par Erevan, Tachkent ou même Moscou, la plupart des pays de l’ex-URSS font aujourd’hui figure de candidats potentiels à la contestation. La corruption galopante, la confiscation de tous les pouvoirs au profit d’une caste oligarchique issue de la nomenklatura de l’ancien PC ou des services secrets ont creusé un fossé profond entre les peuples et les princes ». Et ces spécialistes des fraudes électorales devraient se montrer prudents, car ailleurs les révolutions ont fonctionné sur le principe élection, falsification, révolution.

 

Des dictatures, encore des dictatures

Le Figaro remarque cependant que les trois dictatures qui sont tombées n’étaient pas les plus dures et qu’il y existait quelques espaces de liberté, dont ont profité l’opposition, les étudiants et les ONG. Faut-il en conclure que les prochaines dictatures qui devraient tomber seront celles où  existe un minimum de pluralisme ? Mais il ne faut pas négliger aussi le phénomène de contagion par proximité : c’est ainsi que la Biélorussie pourrait être influencée par ce qui s’est passé en Ukraine.

Le Figaro note qu’en Azerbaïdjan, une élection législative est prévue pour novembre 2005. Le clan ALIEV s’est maintenu au pouvoir, le fils succédant au père. Déjà, les élections précédentes avaient provoqué des émeutes à Bakou. L’opposition vient de s’unir et personne n’est dupe, à l’Ouest, quand le régime se présente comme le garant de la stabilité des investissements pétroliers en mer Caspienne.

Au Kazakhstan, l’évolution est assez proche de celle du Kirghizstan. Le Président NAZARBAIEV, autrefois « moderniste », est devenu de plus en plus autoritaire et a modifié la constitution pour rester au pouvoir. C’est sa propre fille qui dirige un soi-disant parti d’opposition. Le pays a de grandes ressources pétrolières.

En Ouzbékistan, on a l’une des dictatures les plus dures, avec KARIMOV, au pouvoir depuis 1991 qui a éliminé tous les partis de l’opposition démocratique. Il y aurait une torture systématique et 6 000 prisonniers politiques. Mais le régime est miné par l’Islamisme et de nombreux attentats. Et les Américains sont aussi présents sur une base aérienne.

Autre régime très dur, celui du Turkménistan, avec un Président NIAZOV qui pratique le culte de la personnalité et qui a totalement verrouillé la scène politique et médiatique. Situation difficile aussi au Tadjikistan, où une guerre civile a fait 500 000 morts et où le pouvoir est partagé partiellement avec les Islamistes.

Quant à la Biélorussie, son environnement (Pologne, Etats Baltes, Ukraine) n’est guère favorable à la dictature de LOUKACHENKO. Le pouvoir a imposé un referendum pour modifier la constitution et l’opposition est pour l’instant divisée. Mais des initiatives de la société civile et en particulier des étudiants se multiplient et donnent de l’espoir, sur le modèle ukrainien.

Quant à la Russie elle-même, nous avons dit plusieurs fois ce qu’il fallait penser du retour à une forme d’autoritarisme qui rappelle sinon le soviétisme, du moins la Russie tsariste. Le pouvoir est de plus en plus autoritaire, mais il a subi de nombreux revers. A commencer par la chute de certains des régimes néo-soviétiques des républiques voisines dont nous venons de parler. 


 

Le chemin de la liberté

Le Figaro ne met peut-être pas assez en évidence le rôle des Américains et de quelques-uns de leurs alliés dans ces pays de l’ex-URSS. Nous ne voulons pas dire que les Etats-Unis exercent une pression militaire ou diplomatique sur les régimes dictatoriaux, bien qu’il y ait quelques bases aéronautiques dans ces régions, et que la guerre d’Irak amène un changement de climat. L’influence américaine est autre. Elle se manifeste sur la jeunesse. A travers de nombreux centres, des universités, des séminaires, le message de la liberté a été semé dans le cœur et l’esprit de ces jeunes qui apprennent l’anglais, lisent la littérature et voient les films venus du côté de la liberté.

S’ils voulaient réellement développer la démocratie dans ces pays, les autres Occidentaux devraient songer à participer eux aussi à cette croisade, et montrer où est le chemin de la liberté.

Il leur faudrait aussi alerter en permanence l’opinion publique internationale sur les atteintes aux libertés. C’est la meilleure façon d’aider ces peuples et de leur faire savoir que nous n’oublions pas leur martyre. Car, surtout avec les moyens modernes de communication, tout finit par se savoir et par franchir même les frontières les plus fermées. Les opprimés doivent savoir que nous pensons à eux.

 

 

 

Imprimer cette page