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Jusqu’où va se nicher l’anti-américanisme ! Il est en tous cas très présent au sommet de l’Etat. Dernier épisode en date : l’affaire Google. La firme américaine Google, inventeur du célèbre moteur de recherche du même nom, a annoncé le 14 décembre 2004 qu’elle lançait le projet Google print. Il s’agit de la mise en ligne du texte intégral de 15 millions de titres, libres de droit. C’est un projet considérable, dont Google sera seule a payer la facture, qui devrait s’élever à 150 ou 200 millions de dollars. Elle a pour cela développé un outil plus performant que ceux qui existaient jusque là, léger et rapide, pour scanner ces millions de pages en mode texte. Cela permettra à tout le monde ensuite de se connecter et de faire des recherches documentaires sur le texte intégral. Si la firme est seule à payer l’addition, elle travaillera en collaboration avec les bibliothèques des universités de Stanford, Michigan et Harvard, ce qui n’est pas rien, ainsi qu’avec la New York Public Library et quelques autres institutions prestigieuses. Bref, l’impérialisme américain dans toute son horreur, financé qui plus est sur capitaux privés ! Le programme devrait être mené à bien en six ans et les premiers titres disponibles dès la fin 2005. Heureusement, Jacques CHIRAC veillait et n’allait pas laisser ce crime impérialiste impuni. Il s’est empressé de recevoir le Président de la bibliothèque nationale de France, Jean-Noël JEANNENEY, qui avait un projet analogue, mais bien plus modeste, et le ministre de la culture et de la communication, Renaud DONNEDIEU DE VABRES. Il s’agissait de préparer la contre-offensive. Le Président les a chargés d’une mission préparatoire pour engager des discussions sur un projet semblable à celui des Etats-Unis, mais européen. Le Monde précise, au cas où l’on n’aurait pas compris, que « l’idée est bien de ne pas laisser Google occuper seul ce créneau culturel et industriel considérable ». Le Président de la BNF, bien entendu, n’est pas hostile au projet Google, mais il aimerait que, face à ce « miroir américain », on « puisse disposer dans l’avenir d’un autre point de vue, marqué par une autre sensibilité - européenne ». Il s’agirait d’élaborer avec d’autres pays européens un moteur de recherche commun. Le Monde ajoute que « M. CHIRAC est toujours enclin à vilipender l’omniprésence de la culture anglo-saxonne qui a tendance à effacer les autres » ou qui risque d’engendrer « une sous culture générale dans le monde ». Mais le projet français (« Gallica ») portait sur 80 000 ouvrages. Il y a donc encore du chemin à faire. Mais il paraît que c’est typiquement le genre de projet que le Président souhaite porter. Et les conseillers de Jacques CHIRAC de préciser « que l’Etat sera prêt à faire un effort financier pour soutenir ce projet européen ». Nous y voilà. On s’en doutait. Il s’agit en tous cas de bâtir « un alter ego au projet américain ». Passons sur le réflexe d’antiaméricanisme primaire. Mais la différence d’approche entre la France et les Etats-Unis est en soi déjà significative. Ce n’est pas G.BUSH qui a lancé le projet américain, mais la firme privée Google. Ce n’est pas le contribuable américain qui paiera, mais une firme privée. En France, le projet est lancé par le Président de la République -on se croirait revenu au temps des manufactures royales de COLBERT- et il sera financé par le contribuable. Tout est dit. Mais chercher à embêter les Américains, cela n’a pas de prix. Cela vaut bien en tous cas quelques centaines de millions d’impôts en plus.
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