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A L’ÉCOUTE DE FRANÇOIS MICHELIN Il y a quelques années (1998) François Michelin publiait « Et pourquoi pas ? », un livre d’entretien avec Yvan Levaï et Yves Messarovitch. Ce témoignage d’un grand patron chrétien sur l’économie, l’entreprise, le marché et leurs dimensions humaine et spirituelle méritait d’être médité en cette période de crise et de doute. Mardi soir dernier François Michelin s’est prêté à cet exercice dans le cadre des Rencontres des Bernardins, où il a pu répondre avec simplicité et profondeur aux questions posées par trois jeunes gens cadres d’entreprise qui avaient lu son ouvrage. Que leur a-t-il dit ? Que nous dit-il ? Il a d’abord rappelé la vraie vocation de l’entreprise : respecter le client, satisfaire les besoins, servir les autres. Nous sommes tous producteurs et consommateurs, être producteur oblige, et être consommateur oblige aussi à gagner son pouvoir d’achat en participant à l’œuvre commune. Il a ensuite rejeté les pétitions ou les récriminations contre la loi du marché, car ce n’est pas une loi posée par le législateur, que l’on pourrait modifier au gré d’une alternance politique, c’est une loi naturelle, celle du libre échange, celle du choix responsable. Si on s’interroge sur la nature du capitalisme, c’est un « système qui est fondé sur les choix responsables ». Dans la crise actuelle ce n’est pas le capitalisme qui est en cause, mais les erreurs des banques centrales et de la finance « qui fait de l’argent avec de l’argent », sans aucune base réelle, sans aucun apport productif. Certes le capitalisme n’est pas parfait, à l’image des hommes eux-mêmes. Faire usage de sa liberté – comme le suggère le libéralisme – c’est tirer leçon de ses erreurs et de ses succès. François Michelin a dénoncé certains travers français, dus à l’accumulation de bureaucraties et au poids de l’idéologie. Ils bloquent la création et le développement des entreprises. Ils proviennent de notre habitude de vouloir régler les problèmes d’en haut, alors que les solutions sont en bas ; nous sommes « top down » alors qu’il faudrait être « bottom up » : la France est toujours royaliste, sous dépendance d’un pouvoir très éloigné des réalités. Enfin et non le moindre, François Michelin a souligné l’importance de la dignité de la personne dans la vie économique. L’entreprise doit donner à chacun le sentiment que le produit est « son œuvre », que le travail accompli permet de se construire, que chacun « devient ce qu’il est » à travers son activité. Le patron est un maître au service des autres, « dominer » c’est prendre soin. A la question : « comment être chrétien dans l’entreprise ? », François Michelin réagit vivement : tout être humain est porteur de dignité, et les valeurs spirituelles sont partagées par des hommes et des femmes du monde entier, de toutes conditions et de toutes opinions. L’important n’est pas de se proclamer « chrétien en entreprise », mais d’agir en chrétien, en rayonnant sa foi dans la liberté et la dignité de la personne humaine. On comprend tout de l’économie et du libéralisme en écoutant François Michelin. Le 24 Mars 2010
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