TOTAL : L’IMPASSE TOTALE


Comme il fallait s’y attendre, les interventions magiques de nos dirigeants, à commencer par notre Ministre de l’Industrie, ont certes réchauffé le cœur des syndicalistes dans un premier temps, mais n’ont pas pour autant réglé le problème de la raffinerie de Dunkerque.

Comme les faits sont têtus, la firme Total, mise au banc des accusés fin février, a dû dire la vérité aux représentants du personnel : il y a surproduction de carburant en Europe, et il faut donc réduire l’activité des raffineries, et fermer celles dont les installations sont les plus vétustes et la rentabilité la plus faible. On posait ici même la question la semaine dernière : la faute à qui ? Et la réponse est simple : la faute aux consommateurs. Peut-être les campagnes anti-automobiles et anti-pollution ont-elles joué un rôle décisif. Il faut rappeler qu’une autre usine à Notre Dame de Gravenchon avait dû être fermée il y a deux ans puisque son activité principale était la fabrication de sacs plastiques, dont l’usage a été interdit dans la grande distribution.

La crise économique n’a pas arrangé les choses : le transport mondial (et notamment aérien) a baissé. Mais au-delà de cet aspect conjoncturel (qui aurait été insuffisant pour justifier une fermeture) il y a un déséquilibre structurel. Le marché de l’énergie est en effet perturbé par trois éléments :

-         l’élément géopolitique, parce que les producteurs de pétrole et de gaz ne cessent de faire pression sur les Etats pour faire prévaloir leurs intérêts au détriment des consommateurs, l’OPEP et la Russie excellant dans les exercices de chantage sur l’Occident ;

-         l’élément économique, parce que le développement des pays émergents annonce une explosion de la demande mondiale d’énergie ;

-         l’élément technique, car les découvertes de nouveaux gisements et des moyens de les exploiter modifient sans cesse l’offre mondiale d’énergie, comme en atteste la chute du cours mondial de gaz naturel l’an dernier, due à l’arrivée massive sur le marché de gaz naturel « non conventionnel » extrait du sous sol américain.

Tous ces éléments ne sont pas pris sérieusement en compte quand on s’interroge sur le destin de la raffinerie de Dunkerque. « Nous sommes des raffineurs » disent les manifestants, accompagnés de leurs amis. Pourquoi pas des fabricants de chandelles, ou des cochers, palefreniers, dentellières et corsetières ? Le destin des entreprises ne se joue pas dans les manifestations, mais dans les réalités économiques, elles-mêmes dominées par les besoins et les libres choix de la communauté mondiale des consommateurs (qu’on appelle encore marché).

Le 17 Mars 2010

   
 
 
 

 

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