UN POT DE MIEL POUR L’OURS SOVIETIQUE


L’année France-Russie a été inaugurée par le voyage de Dmitri Medvedev à Paris, et par les manifestations d’amitié que nos dirigeants ont multipliées à l’égard du président russe.

Ces effusions ne sont pas neutres, et dans un article du Nouvel Observateur du 25 février intitulé « Nos amis du Kremlin », Vincent Jauvert exprime toutes les inquiétudes que peut faire naître la renaissance de l’axe Paris Moscou si cher à la diplomatie française depuis 1945.

Ces inquiétudes nous semblent largement justifiées, et le Président Sarkozy se berce d’illusions en croyant avoir « civilisé les Russes ». La thèse officielle française serait que depuis l’intervention de notre Président à l’occasion du conflit avec la Géorgie, le Kremlin se serait assagi, il serait temps maintenant pour une normalisation fructueuse. Un autre cliché consiste à opposer le bon Medvedev, jeune et réformateur et le méchant Poutine, vestige du KGB et conservateur.

En réalité, la France ne cesse d’accumuler concessions et compromission d’une grande importance. La rencontre de Paris a été un temps fort de cette politique inconsciente. 

Tout d’abord les Russes n’ont rien lâché en Géorgie, et l’étau se resserre autour du gouvernement de Tbilissi. L’Ossétie est occupée par l’Armée Rouge, qui est à une portée de char de la capitale géorgienne. Les Russes ont aussi repris en mains l’Ukraine, et le dernier vestige de la révolution orange, Yulia Tymotchenko, vient d’être dépossédée de son poste de premier ministre par la chambre des députés déjà sous le joug du nouveau président. L’article du Nouvel Observateur rappelle le mépris des droits de l’homme dans lequel Poutine et Medvedev tiennent les peuples remis sous la protection de la Grande Russie.

Mais il semblerait que les intérêts économiques passent avant les droits de l’homme et le respect des peuples. On pense en haut lieu que dans les périodes de crise il est intéressant de nouer un partenariat avec un pays qui a du gaz, et qui peut offrir des débouchés à nos producteurs.  

L’histoire du gaz mérite que l’on s’y arrête.

En effet, le gaz est un moyen de chantage permanent des Russes sur l’ensemble des pays européens. On a vu les Russes fermer le gazoduc qui traverse l’Ukraine au prétexte que les Ukrainiens refusaient le prix exigé par Moscou. Du même coup, toute l’Europe Centrale a été privée de gaz naturel, jusqu’à ce que les Russes soient satisfaits. L’Union Européenne a depuis longtemps cherché à s’affranchir du chantage russe en installant un gazoduc capable de transporter le gaz du Caucase, d’Asie centrale, sans traverser le territoire russe. C’est le projet Nabucco. Mais à ce projet, les Russes répondent par un autre, dont le tracé est évidemment à travers leur territoire : South Stream. La France, membre influent de l’Union – dont elle revendique le leadership en partage avec l’Allemagne – se devait de soutenir Nabucco, et jusqu’à une période récente pas question de South Stream. Voici que grâce au niveau patron d’EDF, le célèbre Henri Proglio, comme par hasard membre du « Dialogue Franco-Russe », notre entreprise d’Etat (privée !) vient de signer pour South Stream, sous le regard bienveillant du Président et du Premier Ministre.

Quant aux quatre navires Mistral, dont l’achat est salué comme un contrat du siècle capable de donner du travail aux chantiers navals de Saint Nazaire, ils vont permettre à la Russie d’augmenter sa pression sur les riverains de la Mer Noire, Roumanie, Ukraine et Géorgie bien entendu. L’article rapporte qu’un amiral russe aurait déclaré « qu’un tel bateau aurait permis à la flotte de la mer Noire d’envahir la Géorgie en quarante minutes au lieu de vingt six heures ».

Paris est donc sous influence de Moscou, notre gouvernement est en train de donner des gages en même temps que des signes de corruption et de trahison. On a également évoqué l’affaire de la vente de l’immeuble de Météo France, quai Branly à Paris. Une vente dont on ne connaît pas les modalités, alors même que d’autres acheteurs s’étaient présentés, mais l’argent des Russes avait une odeur de sainteté. Dans cet immeuble s’installeraient les services de renseignements de l’Ambassade de Russie, et le bonheur fait que ces services (SVR) seraient ainsi à proximité immédiate de services dépendant de l’Elysée. Décidément, on ne se quitte plus. A en croire le Nouvel Observateur, Paris est peuplé d’agents venus du froid, et la « russomania » est entretenue avec efficacité par des conseils en communication dont le rôle est de faire croire que la Russie est une démocratie, que la presse y est libre et l’opposition active, que les gouvernants des pays ex-satellites sont des jouets entre les mains de l’OTAN, et que fort heureusement les Français ont l’intelligence de poursuivre un dialogue qui assure la paix en Europe, en Asie, et dans le monde entier. L’Ours Soviétique, régalé par le miel de France, s’en lèche les babines. 

Le 10 Mars 2010

   
 
 
 

 

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