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Nous
y avions fait allusion dans un article de conjoncture il y a un mois (« Et
maintenant, la relance par la consommation, ») : face à toutes les critiques
qui pleuvent sur les plans de relance par la consommation (c'est-à-dire distribuant
aux ménages un pouvoir d’achat artificiel, ne correspondant à aucune production),
nos keynésiens ne savent plus quoi inventer. Ils proposent de distribuer des « bons
d’achats » à validité limitée : ainsi, on est sûr que les ménages n’épargneront
pas (l’épargne devenant, semble-t-il, l’abomination suprême). Evidemment, ils
peuvent acheter des produits étrangers, mais qu’on se rassure, bientôt on indiquera
la marque du produit (bien de chez nous), sur le bon d’achat. Certains ont trouvé
que nous exagérions et qu’on n’en était pas revenu aux tickets de rationnement
des années 30 et 40, à l’époque de l’URSS, de l’Allemagne nazie et de l’occupation.
Pourtant, les mesures récentes nous paraissent une bien étrange façon de préparer
l’avenir. Un
article fort intéressant de Jean-Pierre Robin dans le Figaro-Economie nous montre
que nous avions au contraire sous-estimé la réalité. Le titre est d’ailleurs tout
un programme et il est d’une parfaite exactitude : « Faut-il nationaliser
les consommateurs ? ». En effet, le principe central d’une économie
de marché, c’est la liberté de choix. Le bon d’achat avec le produit indiqué dessus,
c’est le contraire de la liberté de choix : c’est l’Etat qui décide à notre
place ce que nous devons consommer et si nous devons consommer. C’est une formidable
régression par rapport à la monnaie qui est, comme l’avait dit Dostoïevski, « de
la liberté frappée ». Retour aux années 30, lorsque Keynes, comme le rappelle
Robin, haranguait les ménagères à la radio, les implorant d’aller dans les magasins.
Keynes était l’admirateur de Silvio Gesell, ce ministre autrichien qui avait inventé
« la monnaie fondante » : le billet était daté et perdait de sa
valeur jour après jour. Il semblerait que l’on aille plus loin encore dans la
voie du dirigisme du consommateur puisque maintenant on lui dit, en prime, ce
qu’il doit acheter. Taïwan
a distribué 2,5 milliards de dollars en bons d’achats, à dépenser avant le 30
septembre. Les Etats-Unis avaient déjà des food stamps (coupons alimentaires)
dont on nous a assez rappelé que la mère de Michelle Obama avait dû se servir
pour élever ses enfants. Un Américain sur dix en reçoit aujourd’hui et cela ira
croissant avec la crise. Angela Merkel
avait envisagé de distribuer des bons d’achats de 500 euros à l’automne, avant
d’y renoncer. En France, il existe depuis longtemps des chèques-vacances et des
chèques transports. Ils sont à validité limitée, et sont financés par l’Etat ou
les entreprises. Dans
l’actuel plan de relance français, on a instauré des « bons d’achat de service
à la personne » de 200 euros pour trois millions de familles, sous forme
de « chèques emplois-service » payés par les pouvoirs publics (c'est-à-dire
par nos impôts d’aujourd’hui ou de demain). L’achat est donc en quelque sorte
conditionné par le type de bon : impossible théoriquement d’acheter autre
chose. Il faut consommer ce que l’Etat, dans sa souveraine puissance, a décidé.
A la mi-mars, notre Assemblée Nationale a décidé qu’avec un titre restaurant
on pourrait acheter des fruits et légumes, et cela dans le cadre de la lutte contre
l’obésité. Au restaurant, on peut au moins choisir son plat. Maintenant, c’est
haricots verts obligatoires ! Mais il ne faut pas trop s’éloigner de ce que
l’Etat demande. J-P. Robin rappelle qu’un hypermarché a été rappelé à l’ordre
par la Commission nationale des titres-restaurants (oui, un tel organisme existe)
parce qu’il avait accepté cinq titres d’un coup, alors qu’on n’a pas le droit
d'en utiliser plus de deux en même temps. Gare aux trop gourmands. Gageons que
tout cela va se développer dans les mois à venir, pour accélérer la relance sans
doute. Nous
avons l’air de le prendre avec humour. Mais c’est en réalité une dérive gravissime.
Si l’Etat définit ce que nous allons consommer, il va demain obliger les entreprises
à produire ce qu’il a décidé que nous allions consommer. Par exemple grâce à un
plan, lui-même rendu plus facile à construire grâce à des entreprises nationalisées.
C’est la conséquence logique du système. C’est Besancenot qui va être content.
Le totalitarisme commence toujours comme cela, par de petites choses qui font
rire au début ; ensuite, elles finissent par faire pleurer.
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