EMBRYONS : OBAMA OUVRE LA BOÎTE DE PANDORE


C’est un domaine très sensible dans lequel le nouveau président américain vient de s’engager, en raison de ses implications éthiques. Il vient en effet de mettre fin à une décision de son prédécesseur, G.W. Bush, qui avait interdit, depuis 2001, le financement par l’Etat fédéral de la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Remarquons d’ailleurs que la recherche dans ce domaine n’était pas interdite, mais elle ne pouvait avoir lieu que sur fonds privés. Mais la faire financer sur fonds publics, donc par l’impôt de chacun, va plus loin encore dans l’atteinte à l’éthique, puisqu’elle oblige des contribuables à financer quelque chose qui est contre leur conscience, contre leur religion.

Obama a tenu un discours strictement utilitariste : « Nous allons apporter le changement que tellement de scientifiques et de chercheurs, tellement de médecins, tellement de malades, et leurs proches ont espéré au cours des huit dernières années : nous allons lever l’interdiction faite à l’Etat fédéral de financer le recherche pleine de promesses sur les cellules souches embryonnaires ». La fin est donc tout à fait honorable : faire avancer la recherche médicale. Mais en matière éthique, la fin ne justifie jamais les moyens, sinon on est en plein dans une démarche purement utilitariste.

En effet, la recherche sur des cellules embryonnaires nécessite l’utilisation d’embryons comme un simple « matériel » et implique donc leur destruction. Dire que ces embryons existaient déjà, qu’ils étaient « surnuméraires » et donc qu’on les aurait sans doute détruits un jour ne change rien au questionnement éthique de fond. Bien entendu, de nombreux scientifiques se sont réjouis, considérant que l’interdiction faite par Bush l’était « pour des raisons idéologiques » et qu’il fallait « sortir la science de la politique ». Mais affirmer qu’un embryon est déjà potentiellement une personne et défendre le droit à la vie, est-ce de la politique et de l’idéologie, ou est-ce simplement l’expression d’une vérité incontournable ?

Inutile de dire que les réactions n’ont pas toutes été dans le même sens. Le chef de la minorité républicaine à la chambre des représentants a déploré que « l’argent du contribuable serve à détruire d’innocentes vies humaines ». Les mouvements familiaux comme Family Research Council ont parlé d’un « décret meurtrier » et « d’une gifle à la figure des Américains qui croient à la dignité de la vie humaine ». Les églises, catholiques en tête, ont également déploré cette décision.

L’initiative d’Obama est d’autant plus regrettable qu’il existe des solutions alternatives, ne mettant pas en cause la vie humaine, en utilisant des cellules souches extraites d’organismes adultes, qui ne posent évidemment pas de problèmes éthiques. Certes, elles sont plus difficiles à obtenir, mais rien n’est insurmontable dans ce domaine. Et les résultats en matière de traitement de maladies incurables seraient comparables.

La question n’est évidemment pas limitée aux Etats-Unis. Elle se pose partout et en France même le débat revient tous les cinq ans à l’occasion de la révision de la loi de bioéthique. Déjà en 2004 on avait introduit quelques dérogations temporaires. Mais la pression sera beaucoup plus forte lors de la prochaine révision, reportée à 2010.  Certains envisagent déjà de faire évoluer la loi. On sait dans ce domaine qu’il est facile de retourner l’opinion, car les maladies qui pourraient être concernées par d’éventuels traitements sont souvent dramatiques. Mais, même si c’est difficile et s’il ne faut pas traiter ces sujets à la légère, il faut garder un principe de base fondamental en matière éthique : la fin ne justifie jamais les moyens, surtout si ceux-ci mettent en cause des valeurs intemporelles et universelles, comme le respect de la vie. Le moins qu’on puisse exiger, y compris de nos hommes politiques, c’est de prendre son temps, de s’informer avec rigueur et de chercher toutes les solutions alternatives. Il faut souhaiter que la classe politique française ne soit pas aussi pressée qu’Obama.

Le 25 mars 2009

 

   
 
  

 

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