PIRATAGE SUR INTERNET : FALLAIT-IL LÉGIFÉRER ?


Les parlementaires ont eu à débattre sur le piratage sur Internet. Autant les sénateurs avaient été unanimes (seuls les communistes s’abstenant), autant les députés semblent divisés, face aux réactions vives des internautes. Le piratage est un vrai sujet. D’une manière assez évidente, il porte atteinte au droit de propriété des créateurs d’œuvres musicales ou cinématographiques. A priori, les libéraux devraient se trouver du côté des défenseurs des droits de propriété privés.

En outre, le piratage porte un coup qui pourrait être fatal à la production dans ces domaines. C’est ainsi que le marché de la musique enregistrée en France est passé de 1 302 millions d’euros en 2002 à 600 seulement en 2008 (dont 70 en ventes numériques). 20% des Français et 36% des internautes quotidiens ont chargé des contenus de manière illégale, musique (33%), films (24%); séries TV (11%), jeux vidéo (7%). 

Certes une solution consisterait à porter les affaires de piratage devant les tribunaux, mais ils sont encombrés, et leurs sanctions sont disproportionnées. D’où l’idée d’un nouveau texte de loi. Tout le monde en gros accepte au parlement l’analyse de Jean-François Copé : «  Le piratage Internet est un fléau qui fait mourir la création française ». L’idée retenue est celle d’une « riposte graduée », c'est-à-dire de sanctions montant en puissance, et allant jusqu’à la suspension de l’abonnement, à l’initiative d’une haute autorité, instance indépendante pouvant prononcer des sanctions. Des poursuites pénales seraient prévues pour les « gros trafiquants ». Un répertoire des résiliés serait créé, sur le modèle des interdits bancaires.

Mais voici que, contrairement au Sénat, l’Assemblée se divise. Les socialistes, qui étaient pour au Sénat, font désormais campagne contre, parlant d’une loi liberticide, mais ils ne sont pas les mieux placés pour dénoncer les atteintes aux libertés, notamment économiques. En sens inverse, Jack Lang, qui ne rate pas une occasion de contrarier ses amis, soutient du coup le projet. Et Lang d’en appeler aux Lumières et à la Révolution française, dont les droits d’auteur seraient un héritage, faisant donc partie « du patrimoine de la gauche ».

La droite n’est pas plus claire, car après avoir été unanime au Sénat, elle se divise à son tour. Parmi ceux qui sont contre (certains UMP, mais aussi Nouveau centre) les arguments sont très divers. Il y a ceux qui craignent que la loi soit ressentie comme « une provocation par les jeunes ». L’argument est fallacieux, car s’il y a des jeunes qui volent dans les magasins, faut-il supprimer l’interdiction du vol pour ne pas se fâcher avec eux ? Plus sérieux est l’argument d’atteinte aux libertés. La Quadrature du Net parle de « menaces sur les libertés individuelles ». Le Net, espace de liberté, deviendra-t-il, un espace de contrainte ? C’est ainsi que certains demandent que pour tout accès aux données personnelles des internautes, on prévoie le contrôle d’un juge, pour ne pas violer les secrets des correspondances et autres échanges d’information. On s’inquiète aussi des conséquences de coût sur les fournisseurs. Le projet semble aussi difficile et lourd à appliquer. Enfin, une haute autorité n’offre pas toutes les garanties d’équité et de défense.

Dans ce débat, nous pouvons faire deux remarques. D’une part, la France sera le seul pays avec la Nouvelle Zélande à avoir une loi de ce genre. Dans les autres pays la lutte contre le piratage est menée par les fournisseurs d’accès et « les acteurs culturels » qui ont passé de libres accords pour mettre en place des procédures graduées. Des procédures d’avertissement sont prévues dans ces contrats et le juge pénal peut intervenir en cas de non respect des décisions pour suspendre l’abonnement.

Il nous semble que le libre contrat est dans tous les cas préférable à la loi. Mais en France, on n’aime pas le libre contrat, on préfère la contrainte légale.

La seconde remarque rebondit sur l’idée de M. Copé de mort de la création française. A notre avis, il y a autre chose que le piratage qui menace la création française. C’est l’assistanat et l’exception culturelle. La création est protégée par des subventions et des barrières artificielles. C’est ce qui contribue à la rendre plus fragile. Certes, le piratage aggrave les choses. Mais le fond du problème vient de plus loin. Il tient à la volonté française d’exception culturelle, qui affaiblit notre industrie culturelle.

Le 25 mars 2009

 

   
 

 

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