![]() | ||||||||||||
|
La
dépêche de Reuters nous a d’abord intrigués : « La Corée du Nord vote,
un futur dirigeant pourrait émerger ». Nous nous sommes pris à rêver :
à son tour, la Corée du Nord faisait un pas vers la démocratie et instaurait des
élections libres, capables de faire émerger un nouveau dirigeant. La lecture du
texte, puis de ceux d’autres agences, nous ont convaincus de notre totale erreur
: rien n’a changé au pays du stalinisme roi. Certes,
il y a bien eu des élections. On a constaté beaucoup de votants. Il est vrai que
le vote était obligatoire, ce qui, en général, favorise la participation dans
les Etats totalitaires. Résultat : 99,98% de votants. On frémit à l’idée
de ce qui a dû arriver aux 0,02% de récalcitrants. Le choix était limité, puisqu’il
y a un seul parti, le « parti des travailleurs » : cela limite
les états d’âme. Le parti propose uniquement un candidat par siège. Donc les candidats
uniques, dans un système de vote obligatoire et très surveillé, ont obtenu de
magnifiques résultats. Evidemment, on peut appeler cela une élection, simple question
de vocabulaire. Comment
un futur dirigeant peut-il émerger ? C’est très simple : les candidats
sont choisis par le pouvoir (c’est le système que nous avons connu ici, avec le
PCF, du centralisme démocratique). Donc en désignant les candidats, qui sont sûrs
d’être élus, le pouvoir montre vers qui va sa préférence. On pensait voir apparaître
un jeune dirigeant prometteur, peut-être Yonhap, le cadet des trois fils du « cher
leader » Kim Jong-Il. Comme celui-ci a eu une attaque l’an dernier, il faut
se préoccuper du futur leader. Quoi de plus naturel, en régime communiste, que
de choisir le fils du dirigeant : après tout, le dirigeant suprême actuel
avait bien succédé à son père (on voit bien qu’à Cuba, on est beaucoup plus libéral,
puisque c’est le frère qui a été choisi là-bas : presque une ouverture…).
Mais grande déception : pas de fils chéri cette fois, il paraît que le chef
suprême a encore toute sa tête. Le cher fiston devra attendre encore un peu. Comme
il a fait ses études en Suisse, on veut sans doute vérifier encore sa fiabilité. On
mesure aussi la non-objectivité des ultralibéraux d’Heritage fondation, qui font
croire que la Corée du nord serait le pays le moins libre économiquement du monde,
avec une note de 2 sur 100. Les libertés politiques, elles, manifestement sont
au top. D’ailleurs, la technologie nord-coréenne est au mieux de sa forme, puisque
le pays va lancer un satellite, pacifique bien sûr. Comme on connaît le bellicisme
des impérialistes et de leurs valets, la Corée du Nord a dû mettre en garde les
pays occidentaux contre toute attaque visant leur satellite. « Nous
réagirons à toute action visant à intercepter notre satellite destiné à un usage
pacifique en contre-attaquant rapidement par des moyens militaires les plus puissants »
a déclaré le porte-parole de l’armée. Les représailles pourraient viser « non
seulement les moyens d’interception mis en œuvre, mais aussi les places-fortes
des agresseurs américains et japonais et leurs marionnettes sud-coréennes qui
complotent pour l'intercepter ». En effet, l’occident a sans doute besoin
d’intercepter ce satellite pour s’approprier sa technologie d’avant-garde. Comme
les impérialistes ont programmé des manœuvres communes américano-sud-coréennes,
manifestement destinées à envahir le territoire pacifique du Nord, l’armée nord-coréenne
a été placée en état d’alerte pour parer à toute éventualité. Et si le satellite
est intercepté, ce sera « la guerre » a promis la Corée du Nord. On
se souvient que, de manière purement défensive, la Corée du Nord avait unilatéralement
dénoncé il y a peu tous les accords politiques et militaires avec le Sud, simple
valet de l’impérialisme américain. On sent bien d’ailleurs, depuis l’élection
d’Obama, que la pression impérialiste et militaire des Etats-Unis s’accroît dans
le monde entier, à commencer par l’Irak. C’est sûrement pour renforcer la présence
américaine qu’Obama fait semblant de retirer peu à peu ses troupes d’Irak. Trêve
de plaisanterie : comment l'Onu, si prompte à dénoncer les défaillances de
l’Occident, peut-elle se taire face à un régime qui ramène son peuple à l’âge
de pierre et au temps des famines ? Que penser du silence assourdissant de
toutes les bonnes âmes prêtes à s’enflammer dès qu’un assassin n’est pas traité
avec les égards dus à son rang ? Ici aussi, dirons-nous un jour « nous
n’avons rien dit, car nous ne savions pas ». Car nous savons que le stalinisme
le plus abominable règne en Corée du Nord.
| ||||||||||||