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C’est
une question fondamentale, et très à la mode, dont parle Jean-Paul Fitoussi dans
un article du Monde intitulé « La crise économique et l’éthique du capitalisme ».
Cet économiste, professeur à l’IEP de Paris, est membre du Conseil d’Analyse Economique
auprès du premier ministre et du conseil scientifique de l’Institut François Mitterrand,
et éditorialiste associé du Monde. Son opinion est assez représentative de la
pensée unique. Le
monde actuel serait dominé par l’oubli de l’éthique, ce qui est tout à fait exact.
Ce qui est plus discutable, c’est d’appeler Keynes à la rescousse dans une discussion
sur l’éthique. Mais pour Jean Paul Fitoussi les deux atteintes actuelles à l’éthique
sont l’absence de plein emploi et la répartition arbitraire de la fortune. Et
pour lui l’origine de ces « injustices » serait à rechercher dans les
blocages de l’économie de marché laissée à elle-même. Les gouvernements seraient
donc les salvateurs. Mais
suivons Jean Paul Fitoussi dans sa démonstration. Pour lui, l’évolution de l’économie
politique (traditionnelle, et donnant un rôle important à l’Etat) vers l’économie
dite « scientifique » l’a « apparemment
débarrassée de toute connotation éthique ou institutionnelle ». Cette affirmation
est très contestable : de nombreux économistes, y compris des prix Nobel,
notamment de l’école autrichienne, placent les institutions au cœur de l’analyse
économique et non comme une donnée exogène. Et qui dit institution implique une
conception de l’homme qui les sous-tend, donc une éthique. Jean
Paul Fitoussi s’en prend aussi aux politiques qui ont voulu « libérer le
marché », et qui débouchent sur « l’inversion des valeurs ». « L’éthique,
pensait-on, serait mieux servie si l’on régulait davantage le fonctionnement des
Etats et si on dérégulait davantage les marchés ». Voilà l’origine du « scandale
éthique du capitalisme contemporain » : la mondialisation de la pauvreté
(ce qui est faux, car s’il y avait une vraie mondialisation, notamment de la liberté
économique, la pauvreté diminuerait), le degré insoutenable d’inégalités dans
les régimes démocratiques (ce qui prouve selon nous que l’Etat providence a accentué
les inégalités). Tout cela vient de la tension entre deux principes « celui
du marché et de l’inégalité d’une part (un euro, une voix) ; de l’autre celui
de la démocratie et de l’égalité (une personne, une voix) ». La
conclusion est superbe : « Pour redonner de l’éthique au capitalisme »
(…) il faudrait déréguler les démocraties, c'est-à-dire faire davantage de place
à la volonté politique et mieux réguler les marchés ». Cela irait jusqu’à
« faire du degré d’inégalité acceptable l’objet d’une délibération publique
annuelle par les Parlements » : nous voilà en plein socialisme d’Etat.
En quoi l’arbitraire politique fait-il progresser le degré d’éthique ? L’homme
aurait-il un comportement éthique sur le marché politique et immoral sur le marché
économique ? Pour redonner de l’éthique au capitalisme, il
faut surtout cesser de tout mélanger et empêcher l’ordre politique d’envahir l’ordre
marchand ou l’ordre communautaire (la société civile). Pour rendre le capitalisme
éthique, il faut d’une part des institutions conformes à la nature de l’homme,
au droit naturel, et ensuite il faut des hommes justes. Question de culture et
d’éducation, pas de politique. Benoît XVI vient encore de le rappeler, après Jean-Paul
II : sans hommes justes, il n’y a pas de justice. La priorité est donc l’éducation
à la justice. Au lieu de s’attaquer au marché, pour le remplacer par l’Etat, il
vaudrait mieux s’attaquer au péché des hommes. Et qui nous fera croire que l’Etat
soit le mieux placé pour rendre les hommes bons ? Partout où l’Etat était
omniprésent, les valeurs morales se sont effondrées. Pour être bon, il faut d’abord
être libre et il faut ensuite une conscience droite, qui se forme dans les familles,
par l’éducation, et au contact des valeurs spirituelles et morales. Réguler les
marchés ne rendra pas les hommes plus justes.
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