SARKOZY TROUVE BARROSO TROP LIBÉRAL


Pendant des mois, le président Nicolas Sarkozy n’a pas tari d’éloges sur le président de la commission européenne, José Manuel Barroso. C’était pendant la présidence française, lorsque le président français se sentait l’égal des grands de ce monde et commandait à l’Europe entière. Beaucoup avaient parlé de « lune de miel » entre les deux hommes.  Nicolas Sarkozy ne ratait pas une occasion d’encenser Barroso. Il avait laissé entendre qu’il soutiendrait vivement celui-ci pour qu’il obtienne, après les élections européennes, un  second mandat à la tête de la commission. Il fallait aller vite et procéder à cette nomination avant les vacances d’été, dans la foulée des élections, ce qui est effectivement dans la logique des institutions européennes, puisque le président de la commission doit ensuite être accepté par le nouveau parlement.

Changement complet depuis quelques semaines : M. Barroso n’est plus en cour à l’Elysée. La confirmation est venue début mars lors du sommet européen. Nicolas Sarkozy a refusé de dire cette fois qu’il soutiendrait le président sortant et surtout a fait une proposition qui a étonné tout le monde : « il vaut mieux attendre que les Irlandais votent avant de décider ». Cela n’a rien à voir sur le plan institutionnel : le mandat Barroso est liée au futur parlement européen, pas au sort du traité européen. Institutionnellement, il n’y a aucune raison d’attendre le referendum irlandais. Politiquement, les choses sont plus claires : si le referendum est en faveur du non au traité, Sarkozy en fera porter le chapeau à Barroso. Il n’a qu’à tout faire pour que le oui l’emporte. Résultat, le porte-parole  de Barroso a dû rappeler que le calendrier avait été fixé en décembre de manière claire sous la présidence française. Il doit donc être respecté.

Commentaire des Echos : « Cette passe d’arme peut être interprété comme un lâchage ». Paris aligne les critiques depuis la fin de la présidence française, contre la commission européenne. Pas assez active à ses yeux face à la crise : traduisons, pas assez interventionniste. C’est ainsi que Bruxelles a freiné plutôt qu’accéléré face aux plans de secours de l’industrie automobile. Dans la passe d’arme avec les Tchèques sur le protectionnisme français, Barroso s’est aligné sur Prague. Et Sarkozy a eu beau se féliciter que son plan ait été accepté par Bruxelles, il oublie de préciser qu’il a dû, contre toutes ses déclarations, préciser dans le plan que les crédits accordés n’avaient pas de contrepartie en termes de délocalisation ou de refus de délocalisation des usines automobiles.

Pire encore : face aux dérapages budgétaires français, Bruxelles a lancé une nouvelle mise en garde pour déficit excessif. Et c’était avant que le récent conseil des ministres n’annonce que ce serait encore pire que prévu. Certes, tout le monde parle encore doucement, élections européennes de juin obligent, mais on sent bien que la grande explication sur les dérives budgétaires est pour bientôt. Un proche de Barroso expliquait dans Les Echos cette aigreur française par une « dépression classique post-présidentielle », la France n’ayant pas accepté de devoir céder la présidence européenne, et plus encore de la céder aux Tchèques, ces libéraux eurosceptiques !

Comme les journalistes s’interrogeaient sur ce revirement français, Nicolas Sarkozy a assuré le service minimum : « J’aime beaucoup M. Barroso. J’ai beaucoup aimé travailler avec lui, je lui fais confiance ». Chacun a apprécié l’emploi du passé composé. Cet épisode, au-delà des jeux politiciens, montre deux choses. La première, c’est que Nicolas Sarkozy, ici comme ailleurs, n’aime pas les règles du jeu fixes. Il veut les changer en cours de route si elles ne lui sont pas favorables. C’est une attitude insupportable aux yeux de nos partenaires. Les traités signés, cela se respecte, que ce soit pour les déficits ou pour le calendrier.

La seconde chose, c’est qu’au fond, ce qui gène Nicolas Sarkozy, c’est, maintenant qu’il a opté pour le dirigisme et le keynésianisme le plus strict, que M Barroso soit nettement plus libéral que lui. C’est le fond du problème. Certains se demandent même si le président français ne serait pas ravi de voir les socialistes européens emporter la majorité au parlement, ce qui pourrait compromettre la réélection de Barroso, afin de trouver quelqu’un de plus conciliant pour le dirigisme et le laxisme français.

Le 17 mars 2009

 

   
 
  

 

Imprimer cette page