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On
se souvient que Nicolas Sarkozy avait fortement critiqué le calcul actuel du PIB,
pas assez représentatif, et avait créé une commission présidée par le prix Nobel
Joseph Stiglitz, très à gauche, pour proposer un nouvel indicateur. On peut critiquer
le PIB, qui, comme tous les concepts issus de la comptabilité nationale, reflète
mal la complexité du réel et dépend largement des présupposés idéologiques cachés
derrière les notions comptables. Mais il a l’avantage d’être homogène sur le plan
international, permettant des comparaisons entre
pays et des comparaisons dans le temps. Mais le PIB
ne peut pas en dire plus et n’est donc en aucun cas un indice de satisfaction
de bonheur ou autre mesure du bien-être. La
commission Stiglitz fait donc plancher 33 économistes depuis plus d’un an, son
nom complet étant « Commission sur la mesure de la performance économique
et du progrès social », ce qui pose un problème : quel est l’indice
du progrès social ? Un marxiste et un libéral n’auront pas la même définition.
La commission a souligné les absurdités du PIB, qui augmente en cas de catastrophe
(dépenses de reconstruction), sans déduire le coût de la catastrophe. Mais on
a glissé ainsi de la production à la satisfaction, et aussi du flux (production)
vers le stock (destruction du patrimoine). Le
coordinateur de la commission, Jean-Paul Fitoussi, explique en toute modestie
que leurs propositions porteront sur « les mesures qui font sens, pas seulement
pour la France, mais pour tous les pays intéressés par nos travaux ». On
brule de lire le rapport final, promis pour mi-mai. Pour le PIB, il s’agit selon
M. Fitoussi de compter « en négatif ce qui est négatif et en positif
ce qui est positif ». Il sait donc ce qui est positif et négatif, il connait
les préférences de chacun, la valeur attachée aux biens, par définition subjective,
et qui se forge au cours de l’échange. Ainsi,
si le prix des loyers en ville augmente, on ira vivre à la campagne, d’où de nouvelles
maisons et de nouveaux trajets faisant progresser le PIB « alors que le temps
de transport, un temps inutile, et les dégradations de l’environnement liées aux
déplacements sont nuisibles ». Il n’a pas de chance avec nous, car nous attachons
plus de prix au fait d’habiter hors ville, dans la campagne, ce qui décuple notre
satisfaction, et nous aimons ces trajets en voiture, qui permettent de bavarder
en famille ou d’écouter au calme les informations, y compris les interviews de
M. Fitoussi : cela à nos yeux a plus de valeur que la pollution de la voiture.
La commission Stiglitz n’a pas la même appréciation que nous sur ce qui vaut,
et c’est tant mieux : c’est cette diversité qui fait la vie, parce que nous
sommes tous différents et peut-être demain nous préférerons la ville et M. Fitoussi
la campagne : comment mesurer la subjectivité des choix individuels ?
Le PIB n’est pas si ambitieux et mesure les transactions par leur prix. Ils
proposent aussi que le PIB prenne en compte les éléments sans valeur marchande
apparente, comme le bénévolat et le travail domestique. Ils ont raison et ne sont
pas les inventeurs de la chose : derrière cette idée il y a « la théorie
de la production domestique », chère à Gary Becker. Les ménages produisent
des services destinés à eux-mêmes et ce sont ces services et non les biens achetés qu’ils consomment.
Du point de vue de l’analyse économique, c’est exact : les professeurs d’économie
enseignent cela aux étudiants de 1ere année. Mais les choses se compliquent quand
on entend mesurer cette production domestique. Ainsi, l’éducation fournie par
les parents aux enfants, qui constitue un investissement en capital humain. Qui
peut prétendre en mesurer la valeur ? Et celle des repas préparés à domicile,
la valeur sera-t-elle la même s’ils sont préparés par l’être aimé ou par la belle-mère ?
Toujours la subjectivité de la valeur. Quant au bénévolat, quel
était la valeur de celui de mère Teresa ? Ainsi, ils soulèvent de vraies
questions, mais sans solution mesurable, faute de prix de marché. Le
reste est à l’avenant ; ils suggèrent d’intégrer la notion de développement
durable, en mesurant l’empreinte écologique. Le Grenelle de l’environnement a
encore frappé. Et ils vont proposer des indicateurs de qualité de la vie et de
sentiment de bien-être. A quand le bonheur national brut, défini par des énarques
qui savent ce qui est bon pour nous ? Nous préférons choisir nous-mêmes librement
ce que nous trouvons bon pour nous et si l’Etat ne peut mesurer l’intensité de
notre bonheur nous serons quand même heureux, même sans les calculs de l’Etat. Le 13 mars 2009
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