OBAMA VA FAIRE PAYER LES RICHES, POURQUOI PAS NOUS ?


Les hommes politiques sont assez difficiles à comprendre. Le nouveau Président américain a été un des champions de la relance keynésienne par la demande, avec un plan de près de 800 milliards de dollars. Résultat : un déficit public américain battant tous les records, soit 1 300 milliards cette année (9,2% du PIB) : c’est une politique délibérément choisie, dans la grande tradition du New Deal de Roosevelt dont se réclame Obama. Pour le prochain exercice fiscal, Obama envisage même un déficit de 1 750 milliards, soir 12,3% du PIB !

A peine ce plan de relance voté, à peine ces chiffres annoncés, à peine le Président a-t-il signé ce texte pour le promulguer, voici qu’il fait part de ses inquiétudes face à l’ampleur des déficits et annonce que son objectif est de réduire très fortement ce déficit, effectivement délirant, pour le ramener à la fin de son mandat, en 2013, à 533 milliards de dollars, soit 3% du PIB. On peut évidemment se demander s’il n’aurait pas été plus simple de se dispenser de ce plan de relance aussi inefficace que coûteux, puisque le président veut revenir en quatre ans au point de départ. Même dans une logique keynésienne, c’est le plus sûr moyen de rendre son plan inefficace, puisque les gens vont intégrer tout de suite que toutes les mesures prises étaient provisoires et vont se comporter en conséquence.

Mais comment le Président Obama va-t-il s’y prendre pour réduire fortement ce déficit fabuleux qu’il a lui-même créé ? Il propose deux pistes. La première est tout à fait acceptable et consiste à diminuer fortement des dépenses de l’Etat. Certes, il aurait pu commencer par là, au lieu de les augmenter, pour mieux les diminuer ensuite. Il devrait savoir qu’il est plus facile de faire sortir le dentifrice (en l’occurrence les dépenses publiques) du tube que de l’y faire rentrer après. Il compte en particulier sur sa nouvelle stratégie de défense pour diminuer les dépenses, à commencer par le retrait d’Irak. Mais il lui faudra sûrement soutenir et accentuer l’effort en Afghanistan et nous voyons mal comment il pourrait, comme il l’a annoncé, réduire les dépenses fédérales de 26% à 22% du PIB sans s’attaquer aux dépenses de fonctionnement et aux dépenses sociales. Mais enfin, on ne peut que saluer, même si sa conversion est récente, cette volonté de réduire de 4 points de PIB les dépenses publiques.

Mais il compte utiliser un autre moyen pour réduire les déficits publics : la hausse des impôts. Il a annoncé que ceux-ci devraient passer de 16% à 19% du PIB. Comment faire, alors qu’il a annoncé pour cette année une baisse des impôts de 500 à 1000 dollars pour 95% des Américains ? Cela sera-t-il suivi demain d’une hausse au moins égale ? En effet, pour avoir une fiscalité qui augmente de 3 points de PIB, il faut bien prendre des mesures radicales.

Il semble qu’il ait en particulier pris une décision à propos des réductions d’impôts décidées par G.W. Bush, sur les Américains les plus riches, c’est à dire les plus productifs et les plus entreprenants. Certes, Obama  laisserait les réductions Bush aller à leur terme, puisqu’elles n’étaient prévues que jusqu’à la fin 2010 (McCain avait promis, s’il était élu, de les pérenniser).  Mais elles ne seront pas reconduites. Cela veut dire en particulier que les Américains ayant des revenus supérieurs à 250 000 dollars se verraient appliquer un taux marginal plus élevé, passant sans doute de 35% à 39%. C’est grâce à cette mesure de hausse du taux d’imposition qu’il espère augmenter fortement ses recettes fiscales.

Il n’est pas le premier à commettre cette erreur. En effet, la hausse du taux marginal de l’impôt réduit par nature la matière imposable, puisqu’elle s’attaque aux fondements microéconomiques de la création : un taux d’impôt plus élevé décourage l’incitation à produire, travailler, investir, entreprendre, épargner, créer des richesses nouvelles. Voilà pourquoi nous ne croyons pas du tout à sa promesse de réduction future du déficit.

Le changement de cap d’Obama pourrait inciter Nicolas Sarkozy, à son tour, à revenir sur le « bouclier fiscal » : chez nous tout le monde trouve scandaleux ce « cadeau fait aux riches ». C’est simplement oublier deux choses : d’une part la progressivité de l’impôt est bien plus élevée en France (avec 52 % si on tient compte de la CSG et de la CRDS) qu’aux Etats-Unis, d’autre part que les « riches » ont toujours la possibilité d’aller s’abriter dans un « paradis fiscal », laissant la charge fiscale aux autres Français. Et les pauvres paieront…

Le 11 mars 2009

 

   
 

 

Imprimer cette page