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Nous
devons faire notre mea culpa auprès de nos lecteurs : la semaine dernière,
l’abondance de l’actualité, les propositions de relance par la consommation, les
jeux de meccano du président soucieux de caser ses collaborateurs dans les banques
et finalement l’explosion du chômage (90 000 demandeurs d’emplois de plus
en un seul mois), nous ont fait négliger l’information de la semaine : Jack
Lang a trouvé un emploi. L’événement est d’une telle importance que nous n’hésitons
pas à y revenir, même s’il remonte à quelques jours. Le
Président Sarkozy a donc nommé le 25 février Jack Lang son « envoyé spécial »
auprès des autorités cubaines. Certes, l’ancien ministre de la culture et de l’éducation
de François Mitterrand n’était pas totalement au chômage, mais il faisait peine
à voir avec sa seule fonction de député, faiblement rémunérée, à laquelle s’ajoute
sa modeste retraite de professeur d’université. Un cas social à régler d’urgence
dans la crise actuelle. Pourquoi
a-t-il été nommé à ce poste fondamental ? Pour relancer « le dialogue
politique et la coopération entre la France et Cuba ». Voilà en effet qui
s’impose. D’abord pour Jack Lang, qui a toujours été admirateur de ce merveilleux
régime ; il pourra donc y fumer ses cigares préférés et manger quelques langoustes
locales fraîches et non congelées ; pour cela, le président aurait pu lui
adjoindre une collaboratrice de poids, autre admiratrice du régime cubain, Danielle
Mitterrand : ce sera pour la prochaine fois. Ensuite,
pour la France : voilà un régime plein d’avenir : le stalinisme n’est-il
pas une espèce en voie de disparition qu’il convient de conserver, mieux encore
de sauvegarder, au nom de la diversité biologique ? Ses dirigeants, les frères
Fidel et Raoul Castro, sont un exemple de jeunesse et de dynamisme propre à faire
rêver tous les facteurs de Neuilly ; l’économie cubaine se porte bien et
fait la course en tête devant la Chine, la Corée du sud ou l’Inde, écrasant tous
ses rivaux par la dynamique des libertés économiques : voilà un partenaire
de poids qui va nous aider à relancer notre économie. Tout cela est indiscutablement
favorable. Nous pourrions même y exporter notre savoir faire en matière de gestion
des prisons, dont la consommation locale est, paraît-il, l’un des secteurs les
plus porteurs. Autre
argument indiscutable : Martine Aubry, qui critique Nicolas Sarkozy dans
tous les domaines, trouve qu’ici le président a eu bien raison : Jack Lang
« fait partie des talents de la France. Tout le monde a envie de les utiliser ».
« On utilise les talents, les contacts de Jack Lang pour que la France soit
présente au moment où les Etats-Unis veulent sans doute reprendre contact avec
Cuba ». Madame Aubry est fine tacticienne : elle a compris qu’il valait
mieux pour le PS et pour son pouvoir personnel que Lang soit occupé à Cuba plutôt
qu’à faire des coups tordus au PS. Le
porte-parole du gouvernement vante cette nomination de Jack Lang « pour ses
compétences, notamment en matière internationale » ; personne n’avait
imaginé d’autre raison à cette nomination. Rappelons aussi, à tout hasard, les
grandes compétences de Jack Lang en matière d’éducation ; cela pourra servir
quand il faudra remplacer Darcos et Pecresse. Autre formule intéressante, celle
d’une source « proche de l’Elysée » comme on dit maintenant dans les
dépêches : « Chaque fois qu’il se déplace à l’étranger, il représente
aussi la France ». Là, il paraît que c’est Bernard Kouchner, on ne sait pas
pourquoi, qui fait un peu la tête : cet innocent croyait que c’était encore
lui, ministre des affaires étrangères, qui représentait la France à l’étranger.
Comme quoi, les apparences sont trompeuses. Curieusement, il paraît que les libéraux
(il en reste quelques-uns) ne sont pas totalement enchantés : Cuba, Lang,
les frères Castro, l’avenir radieux du socialisme des tropiques, la promotion
des anciens ministres de Mitterrand : voilà pourtant qui fleure bon l’ultra-libéralisme.
De quoi se plaignent-ils ? Le 11 mars 2009
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