CAISSE DES DEPOTS : « LES ACTIFS DE LA MAISON FRANCE »


Dans une économie de libre marché, une institution comme la Caisse des dépôts et consignations fait réellement scandale. C’est un établissement public, le plus gros établissement financier français, dont nulle part ailleurs on ne trouve l’équivalent. La Caisse est le véritable bras financier de l’Etat. Elle bénéficie de lourds privilèges, puisqu’elle se voit attribuer obligatoirement les fonds déposés sur les livrets A d’épargne.

Augustin  DE ROMANET, son directeur général, vient d’accorder un long entretien aux Echos, qui confirme à nos yeux ce sentiment totalement négatif, en tenant des propos pour le moins étonnant dans la bouche d’un ancien conseiller technique d’Alain MADELIN ; il est vrai qu’il était au préalable passé par l’ENA. Le propos en tous cas est clair : « Mon objectif est que la CDC joue son rôle de moteur de l’économie française » : un moteur public dans une économie libre, c’est surprenant. Le directeur général vient de rencontrer le Président de la République : « le vaste tour d’horizon réalisé a notamment permis au Président de la République de donner ses orientations sur l’intérêt général ». Au moins, c’est clair, et très libéral…

« Je crois que le président de la République est sensible à l’ambition de la CDC, poursuivie depuis 192 ans et consistant à être au service de nos concitoyens » (pas comme de vulgaires entreprises privées, avides de profit). « Où sont les urgences ? Ce sont toutes les priorités de notre plan stratégique Elan 2020, le logement, les PME, l’université, l’environnement. Elles sont aussi structurelles : assurer le meilleur financement possible des entreprises. Nous sommes un acteur qui doit aider les entreprises à prendre des risques, à innover, à exporter » (chacun sait qu’un entrepreneur prend des risques grâce aux capitaux publics). Mais qu’on se rassure, « nous ne devons pas être un investisseur qui ne serait pas attentif à la rentabilité de ses investissements. Je songe aux ateliers nationaux du XIX° siècle promus par les saint-simoniens ». Nous voilà rassurés !

 

Bref nous sommes « un investisseur institutionnel de long terme dont les Français peuvent être fiers » (car bien sûr les investisseurs privés eux ne voient que le court terme ; seul le secteur public réfléchit à long terme). Question : pourquoi pas comme un fonds souverain ? « Nous avons des points communs avec les fonds souverains, notamment le sens du long terme » (rappelons que la plupart des fonds souverains dépendent d’Etats totalitaires). « J’ai d’ailleurs créé un club des investisseurs de long terme auquel sont invités à participer les fonds souverains. Mais nous avons aussi des différences qui tiennent à l’utilisation et à l’origine de nos ressources. Les fonds souverains gèrent des excédents budgétaires ou de change. Nous gérons des fonds qui proviennent de la gestion de notre bilan, de nos filiales et de nos placements » (ce « nos » est intéressant, s’agissant de fonds venant du privé et récupérés par une structure publique).

Question scandaleuse : la Commission bancaire pourrait-elle contrôler vos activités?

« Personne ne doit avoir peur des contrôles. Mais des contrôles inadaptés, assimilant la caisse des dépôts à un établissement bancaire, risqueraient d’entraver son rôle d‘investisseur de long terme ». Bref, la CDC est au dessus des contrôles vulgaires réservés aux banques.

Et que penser de la réforme et de la généralisation du livret A ? « Cela implique que la situation du financement du logement social soit au moins aussi bonne qu’avant. Il faut donc que la ressource collectée par le livret A et centralisée à la CDC soit abondante et au plus bas coût possible. Il faut que nous puissions continuer à être un acteur incontestable du financement du logement social ».

Enfin que faire en cas d’OPA hostile sur la Société générale? « Nous examinerions la qualité du projet industriel, la pérennité de la localisation des principaux centres de décision en France et l’impact sur l’emploi. Notre devoir est d’être vigilant sur les actifs de la maison France ». Bref, la France, c’est la CDC ; l’Etat, c’est la CDC ; la CDC c’est l’intérêt général ; la CDC protège des méchantes OPA étrangères ; la CDC, c’est mieux que la Gosbank soviétique.

Quand va-t-on en finir avec cet archaïsme. Sommes nous à l’heure des Soviets ou à celle de la mondialisation ?

 

Le 27 mars 2008 

 
 
 

 

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