PRIVATISER LA BANQUE POSTALE


C’est la conséquence logique du rapport de la Cour des comptes sur la Banque postale. Et c’est ce qui met les syndicats en fureur. Bien entendu, la Cour des comptes est bien trop politiquement correcte pour demander explicitement cette privatisation. Elle se contente de pointer du doigt quelques problèmes de la Banque postale. Elle parle poliment de « handicaps ».

Ces handicaps fragiliseraient la jeune Banque postale, héritière en fait des services financiers de La Poste. Il s’agit avant tout de la « lourdeur du réseau de bureaux de poste » et des « coûts salariaux des fonctionnaires de La Poste ». Pour le réseau, la Cour affirme que s’il « répond à des préoccupations d’aménagement du territoire et de préservation du tissu économique en milieu rural, le réseau, dans sa configuration actuelle de 13 000 bureaux, constitue un handicap pour l’ensemble des activités commerciales de La Poste. Un réseau resserré suffirait aux activités commerciales et conjointes du courrier et de la Banque postale ». Et de fournir un tableau comparatif « des avantages et des handicaps de la Banque postale ».

En clair, tout cela est la survivance du temps du monopole et du « service public » et se trouve totalement incompatible avec les règles du jeu de la concurrence et d’une économie de marché. Comment faire fonctionner, sans aide artificielle, un réseau pléthorique et des agents ayant un statut de fonctionnaires et les coûts salariaux allant avec. En effet, « le coût moyen des fonctionnaires employés par La Poste, qu’il s'agisse de cadres ou d’agents, reste, après comme avant la réforme du financement de leurs retraites, supérieur à celui des salariés de droit privé exerçant des fonctions similaires ». De plus, la Banque postale reçoit pour sa gestion du livret A une commission de 1,3% sans rapport avec les coûts réels, beaucoup plus faibles.

En réalité, la Banque postale a une autonomie de gestion toute théorique, La Poste mettant à sa disposition des moyens techniques et humains moyennant une contrepartie, ce qui rend « le modèle actuel d’équilibre financier fragile ». De toutes façons, des secteurs entiers sont « menacés » par la concurrence, par exemple avec la banalisation du livret A imposée par Bruxelles. « Outre le développement commercial, l’enjeu consiste en la maîtrise des charges d’exploitation, qui constitue une responsabilité partagée entre la Banque postale et La Poste. Bref, « la réforme de 2005 ne constitue qu’une étape, la Banque postale étant pénalisée de manière concurrentielle par des singularités liées à son mode de fonctionnement qui repose sur une étroite symbiose avec le groupe La Poste ». Mais la Cour ne va pas plus loin dans les propositions. Et ne tranche pas entre « la banalisation » et « la mission de guichet social ».

Du côté des syndicats, la réaction n’a pas tardé. « Ce rapport est une bombe » affirme Sud-PTT, qui veut en revenir au bon vieux temps du service public postal  et s’inquiète du sort que l’Etat réserve à celui-ci. FO dit la même chose en fustigeant une analyse qui « conforte ceux qui veulent fragmenter l’entreprise nationale ». Et chaque syndicat d’insister sur « le rôle social » de La Poste, rôle social financé comme il se doit par le contribuable, qui est là pour combler les déficits, financer les surcoûts salariaux et les réseaux aussi inutiles que pléthoriques. Même la CGC souligne « l’obligation de jouer un rôle social auprès des populations les plus défavorisées et les plus éloignées », sans préciser quel surcoût cela entraine et qui le finance.

Pendant que les syndicats font de la surenchère avec l’argent des autres, c'est-à-dire des contribuables, on apprenait que la Deutsche post allait, pour commencer, se séparer de 850 petits bureaux de poste. Car elle a compris que l’ouverture des marchés mettait les anciens monopoles publics en concurrence. Ils doivent donc s’adapter, ou sont condamnés à disparaitre. Et voilà ce qui met tant en fureur nos syndicats français : c’est que la seule façon de réellement s'adapter, pour le courrier comme pour les services financiers de La Poste, c’est de privatiser ces organismes. La « mission de guichet social » est condamnée par l’évolution des marchés, par la concurrence mondiale, par l’état des finances publiques et par les décisions européennes. Il ne reste donc que la banalisation, qui ne peut passer que par la privatisation.

 

Le 27 mars 2008 

 
   

 

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