LA MÉDITERRANÉE ENTRE LA BALTIQUE ET LE DANUBE


Ce n’est naturellement pas ce qui se lit sur un atlas de géographie. Mais c’est la pomme de discorde entre France et Allemagne. Entre Paris et Berlin rien ne va plus sur le projet « d’Union pour la Méditerranée » présenté par la France.

Deux rencontres franco-allemandes de haut niveau ont été annulées en quelques jours et si Nicolas SARKOZY et Angela MERKEL se sont rencontrés à Hanovre, c’est après avoir reporté le sommet prévu au départ. Les Allemands ne cachent pas leur irritation sur un certain nombre de dossiers, mais en particulier celui de l’UPM.

Certes, le sujet n’est pas nouveau, et il y a déjà eu des précédents, notamment dans le processus de Barcelone ; initié en 1995, avec 11 pays de la rive Sud, un processus lourd, bureaucratique et coûteux a été lancé. Mais le président Français veut faire du passé table rase et a voulu imposer son propre projet, qu’il est allé présenter de l’autre côté de la Méditerranée, à certains de nos « fidèles amis » comme les Algériens.

Cela pose un premier problème, car pour le gouvernement français, ce projet ne concerne que les pays du pourtour méditerranéen, donc, sur la rive nord, l’Espagne, la France, l’Italie, la Grèce et quelques autres, mais évidemment pas les Anglais ni les Allemands, ni l’Europe Danubienne, ni l’Europe baltique. Voilà qui a paru étrange au sein d’une Union Européenne à 27 : comment admettre un pacte qui ne concernerait qu’une petite partie de celle-ci, créant une Europe à géométrie variable et à deux vitesses ?

Voilà ce que les Allemands ne digèrent pas. La France a avancé quelques précédents, comme l’Union de la Baltique, qui regroupe comme membres de plein droit les seuls Etats riverains, d’autres, comme la France, n’étant qu’observateurs. Mais cette Union se réduisait à un  forum de dialogue politique entre pays occidentaux et pays de l’ancien bloc soviétique. L’argument n’a pas tempéré la grosse colère et la bouderie des Allemands, au point que SARKOZY a dû revoir sa copie. Comme le titre notre confrère Les Echos, « SARKOZY renonce à son projet initial ». Le projet concernera donc l’ensemble des 27, et va peu à peu se transformer en simple suite du processus de Barcelone. Voilà à nouveau un projet lancé à la va-vite qui tombe à l’eau, car il reposait sur une illusion : allions-nous laisser tomber nos partenaires de l’Union européenne pour nous tourner prioritairement vers les pays du sud méditerranéen ?

Au-delà de cette querelle franco-allemande, le projet SARKOZY présentait à nos yeux un autre défaut majeur : celui de raisonner d’abord en termes politiques, de rapprochements d’Etats, de politiques communes, d’aides financière (c’est bien ainsi que l’entendaient nos partenaires du sud de la Méditerranée). C’est au fond le même débat que celui qui agite depuis l’origine l’Union européenne, en particulier entre Français et Anglais : est-ce le lieu de politiques communes (comme la PAC), d’une construction politique, avec tout ce que cela implique, à commencer par une bureaucratie, un appareil d’Etat obèse, etc.? Ou est-ce le lieu d’une zone de libre-échange, avec ouverture totale des frontières, disparition de droits de douane, liberté de circulation des biens, services, capitaux et main d’œuvre ? Car si c’est une construction politique, (comme l’imagine SARKOZY) interétatique, on comprend la réaction allemande : on ne peut pas s’unir en même temps à des partenaires différents qui n’ont pas de liens entre eux.

En revanche, si le projet SARKOZY était celui d’une vaste zone de libre-échange (ce qui n’est pas le cas), unissant Union européenne, Proche-Orient et Nord de l’Afrique, il n’y aurait aucune objection, aucun conflit. C’est au fond le même débat que celui de l’entrée de la Turquie en Europe : si l’Europe est une Europe politique, on ne voit pas ce que la Turquie vient y faire ; mais si l’Europe est une simple zone de libre-échange, plus elle est vaste, plus elle associe de pays différents, plus chacun bénéficiera de l’ouverture aux autres et d’une concurrence élargie.

Paris a donc mis de l’eau dans son vin et c’est ainsi que le sommet de l’UE à Paris (13 juillet) précédera celui des pays riverains (le 14) alors que l’inverse était prévu au départ. Restera la question récurrente : union politique ou union économique ?

 

Le 19 mars 2008 

 
 
 

 

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