POUVOIR D’ACHAT : L’INTÉRESSEMENT REMÈDE MIRACLE ?


Le pouvoir d’achat est toujours la préoccupation numéro un des Français. Fort imprudemment, mais dans une logique bien de chez nous, Nicolas SARKOZY avait déclaré qu’il voulait « être le président du pouvoir d‘achat » : Etat Providence, président providentiel.

Le pouvoir d’achat des Français dépend de ce qu’ils gagnent et du niveau des prix. Dans une économie de marché l’Etat ne peut pas grand-chose sur les prix, leur contrôle et leur tarification aggravant la situation au lieu de l’améliorer. Seule la concurrence est capable de faire baisser les prix. Les seuls prix logiquement maîtrisés par l’Etat sont ceux des biens et services publics fournis par ses administrations, mais le consommateur contribuable n’a pas vraiment le sentiment qu’ils baissent ! Reste à gagner davantage d’argent. Mais un gain suppose une production supplémentaire. L’Etat ne produit pas, il ne fait que redistribuer, il prend à Pierre pour donner à Paul, mais ne crée pas un euro de revenu supplémentaire. 

La vraie solution consiste à accroître l’activité marchande, c'est-à-dire à créer des richesses nouvelles : c’est la thèse du « travailler plus pour gagner plus ». On peut discuter des modalités, mais telle est la bonne piste. Il faut pour cela en finir avec les carcans bureaucratiques et libérer notamment la durée du travail. Mais travailler plus demande des efforts, et cela prend du temps pour se mettre en place. D’où l’impatience des Français.

Nicolas SARKOZY a alors imaginé une piste de secours, qu’il veut faire adopter dès que le Parlement sera de nouveau en session. C’est la piste de l’intéressement et de la participation. Ces mécanismes existent depuis longtemps (lois de 1959 et 1967) et les sommes actuellement en jeu ne sont pas mineures : 15 milliards par an. Pour l’instant, ces sommes sont bloquées pour au moins cinq ans et constituent une « épargne salariale ». Celle-ci supporte les CSG et CRDS, mais pas de cotisations sociales ni d’impôts. Le Président propose un tryptique: accroître ces dispositifs d’intéressement aux profits, surtout dans les PME, jusqu’à les tripler, les rendre disponibles immédiatement, et leur faire supporter cotisations sociales et impôts. C’est une triple mauvaise idée.

1° Il y a un contresens sur ce qu’est un profit : le salarié a bien participé à la création de richesses ; mais il a été rémunéré pour cela, il a perçu un salaire fixé par contrat. Le profit est la rémunération de l’entrepreneur, la contrepartie de la qualité de sa gestion, de sa capacité d’anticipation, d’innovation. L’entrepreneur ayant trouvé le premier une idée ou un service à rendre est un créateur, il a dégagé une valeur qui n’existait pas. C’est donc lui qui doit bénéficier des profits, qui en est le propriétaire. Bien sûr, de manière facultative, l’entrepreneur peut motiver les salariés en les intéressant aux résultats de l’entreprise. Pour autant, cette participation ne saurait être obligatoire. Ce n’est malheureusement pas le point de vue du législateur français, inspiré par les doctrines du capital travail, et voici maintenant que le président SARKOZY lui-même a laissé entendre qu’il souhaiterait fixer les parts : 1/3 des profits pour les salariés, 1/3 pour les actionnaires (dividendes), 1/3 pour l’autofinancement (investissements). C’est la négation de la liberté d’entreprendre ; c’est du socialisme pur et dur.

2° Le déblocage immédiat (transformation de l’épargne salariale en prime annuelle) vise à accroître de suite le pouvoir d’achat des Français. Mais, contrairement aux heures supplémentaires, il n’y aura pas eu de création de richesse supplémentaire nouvelle, surtout s’il s’agit des sommes accumulées les années précédentes. Le Président explique que c’est nécessaire parce que « les Français épargnent trop » : c’est un non sens total, c’est un héritage des préjugés keynésiens. L’épargne ne dort pas, n’est pas inutile ; elle permet d’investir, donc de développer l’offre. Et, compte tenu des déficits publics, les Français n’épargnent pas trop, mais trop peu.

3° l’idée de taxer ces sommes fait resurgir les vieux démons français : l’impôt, toujours l’impôt, solution à toutes nos maladies. Qui croira sérieusement que, dans la situation actuelle, notre économie ait besoin d’impôts nouveaux ?

 

Le 19 mars 2008 

 
 
 

 

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