DSK RECIDIVE


Nous avions fait naguère part de notre demie surprise indignée, lorsque le nouveau patron du FMI, Dominique STRAUSS-KAHN, avait proposé une sorte de relance budgétaire mondiale, ressuscitant ainsi le keynésianisme que l’on croyait à jamais oublié. Mais on restait encore à un niveau un peu flou, et DSK vient de préciser sa pensée et ses propositions dans un entretien accordé à notre confrère Le Monde.

 Le titre qui barre la page résume bien l’idée générale : « L’ancien ministre de l’économie estime qu’il faut des réponses planétaires aux crises mondiales ». Bien entendu, en bon socialiste, il considère que les réponses ne peuvent être qu’interventionnistes : les Etats, et mieux encore le FMI, doivent faire quelque chose.  Mais quoi ?

Récidiviste, il reprend la piste de la relance budgétaire. La question du Monde était sans ambiguïté : « Pourquoi avez-vous préconisé une relance budgétaire mondiale ? ». La réponse tout aussi nette : « La situation est sérieuse. Si la crise des subprimes et les difficultés potentielles des réassureurs américains contaminent encore plus gravement l’économie réelle en faisant chuter la confiance et la consommation aux Etats-Unis, tous les pays du monde en feront les frais. Une première ligne de défense a été mise en place par la réserve fédérale américaine et la BCE : elles ont apporté des liquidités pour éviter une crise. Je propose une deuxième ligne de défense : les pays qui ont des finances publiques saines pourraient favoriser et décider la mise en place de stimulations budgétaires, au moment opportun et de façon ciblée  et temporaire ».

Admirable déclaration, qui ramasse en quelques lignes toutes les erreurs keynésiennes, dont les économistes (et même certains dirigeants) sont en général guéris depuis HAYEK et FRIEDMAN. La relance monétaire, la relance budgétaire, le retour systématique des déficits, la politique conjoncturelle, les politiques ciblées, donc encore plus interventionnistes, la navigation à vue au gré des indices (politiques de stop and go) : toutes ces erreurs s’accumulent en quelques phrases : quel esprit de synthèse !

Mais il y a mieux. DSK sait, à la place des Etats, qui doit relancer : l’Inde, la Chine, plus généralement des pays représentant en tout 20 à 25% de la richesse mondiale. Jusque là, le FMI prônait la vertu et la sagesse, la rigueur monétaire et budgétaire. Aujourd’hui, il décide que les vertueux doivent rejoindre les laxistes dans leurs turpitudes. « Aux crises mondiales qu’entraîne la mondialisation » (on admirera en passant la formule, qui suggère une causalité : c’est la mondialisation qui crée la crise) « il faut des réponses planétaires » (il n’a pas osé dire intergalactiques). « On s’étonne de ma proposition, car on persiste à voir dans le FMI un organisme qui ne prêche que des sacrifices. Notre approbation des subventions au Sénégal –ce n’est pas une première- et ce projet de stimulation prouvent que le FMI ne demande pas systématiquement de se serrer la ceinture » : laxiste, interventionniste et fier de l’être…

DSK a d’autres idées géniales. Il sait, puisqu’il le dit, que le yen est sous-évalué, l’euro surévalué, le dollar entre les deux. Ce détail est intéressant : si le dollar est au bon niveau, c’est par rapport à quoi ? A l’euro ? Mais l’euro est surévalué, nous dit-il. Mais, en toute logique, si l’euro doit baisser par rapport au dollar, c’est que le dollar doit monter par rapport à l’euro, or il est « au bon niveau ». Nous ne suivons plus la démonstration du professeur DSK. Il est vrai que notre analyse est plus simple : nous pensons que les marchés savent mieux que DSK (ou que n’importe quel économiste) la vraie valeur des monnaies.

Ne restons pas sur ces images négatives et soyons objectifs : il y a une phrase exacte dans son interview quand il dit qu’il faut éviter « le contrôle des prix qui oblige à vendre sur la base d’un faux prix, ce qui décourage les producteurs quand il faudrait les inciter à produire » (ce que nous enseignons en effet à nos étudiants de 1° année). Mais pourquoi ajouter qu’il y a un autre écueil « le credo selon lequel on pourrait lutter contre des hausses de prix de ce type uniquement par une politique monétaire restrictive » : il ne sait donc pas que l’inflation « est toujours et partout un phénomène monétaire » (cours de 2° année) : encore un effort, Monsieur le professeur, vous serez bientôt licencié…

 

Le 13 mars 2008 

 
 
 

 

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