CHRÉTIENS D’ALGÉRIE : LA VALISE OU LE CERCUEIL


La situation des chrétiens d’Algérie ne cesse de se dégrader, surtout depuis une loi de février 2006, visant officiellement à garantir « la tolérance et le respect entre les différentes religions ». Cette loi si « libérale » prévoit cinq ans de prison et un million de dinars d’amende contre toute personne qui « incite ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion ». Le Figaro donne une description précise des événements survenus depuis, et de tous les drames qui se sont produits, même si son titre, en total décalage avec l’article, semble minimiser les faits : « Les chrétiens d’Algérie en butte aux tracasseries ».

Faut-il parler de « tracasserie » quand des étudiants africains ont été expulsés pour avoir participé à une rencontre biblique à Tizi-Ouzou ? Ou quand les autorités invitent les religieux chrétiens « à quitter le pays pour raison de sécurité » ? Que dire de l’expulsion de volontaires brésiliens recrutés par l’archevêque d’Alger pour s’occuper des étudiants lusophones ? Comment qualifier la radiation d’un directeur d’école et d’un instituteur algérien de confession chrétienne, mis au chômage pour soi-disant « prosélytisme » (et par ailleurs excellents enseignants : 100% de réussite aux examens) ?

Les visas sollicités par l’archevêque d’Alger sont, toujours selon l’enquête du Figaro, délivrés en retard et au compte-goutte, ce qui compromet la future présence de religieux chrétiens en Algérie. Le 30 janvier 2008,  un prêtre du diocèse d’Oran a été condamné à un an de prison avec sursis pour « avoir prié » avec des migrants camerounais, car c’était en dehors d’un lieu de culte ; le médecin qui l’accompagnait a été accusé, à tort, de les avoir soignés avec des médicaments d’un centre de santé public (sic !), alors que ces médicaments étaient financés par l’Eglise catholique, selon l’évêque d’Oran lui-même. Résultat : deux ans ferme.

La commission chargée de veiller au respect des cultes (c'est-à-dire en fait d’assurer le monopole de la religion musulmane) est composée avant tout de représentants des ministères de la défense et de l’intérieur, qui sont sans doute de subtils théologiens. Mieux encore, cette loi et cette commission sont « un bouclier spirituel » visant à protéger la société « contre les menées subversives d’évangélistes américains, prélude à une intervention militaire ». Il y aurait un complot des « chrétiens sionistes américains ». Chacun sait en effet que les USA, sans doute depuis l’indépendance, ne songent qu’à envahir l’Algérie ! 30 enquêtes en deux mois sur les « agressions contre l’Islam dans sa propre maison ». Il paraît, selon ces accusateurs, que les chrétiens offrent 5000 euros et un visa à ceux qui « auraient vendu leur âme à Jésus ».

Un prêtre d’Alger témoigne pour Le Figaro : « Cette levée de boucliers n’a rien à voir avec le prosélytisme. C’est une lutte idéologique de ceux qui veulent épurer le pays de toute présence non musulmane ». Cela permet surtout de détourner l’attention de la population des vrais problèmes, pendant que BOUTEFLIKA modifie la constitution pour pouvoir rester au pouvoir. Ceux qui connaissent l’Algérie ne seront pas surpris non plus de la stigmatisation de la Kabylie, qualifiée de « maillon faible en voie d’évangélisation ». Des Imans purs et durs sont envoyés dans la région pour lutter contre « la menace chrétienne ». Les catholiques enfin ne sont pas seuls concernés, puisqu’un pasteur, président de l’Eglise protestante d’Algérie, a été sommé de quitter le pays sous quinze jours.

Selon Le Monde, la communauté catholique « se considère depuis deux ans sous une pression, à la limite de la persécution ». On met en avant les menaces d’Al-Qaïda pour inviter les catholiques à quitter le pays. Or une partie de l’Eglise a voulu rester à tout prix, malgré les 19 prêtres et religieux assassinés entre 94 et 96, dont l’évêque d’Oran. Même les membres du clergé les plus « engagés », comme la mission de France, qui avaient soutenu le FLN à l’époque de la présence française, se voient refuser des visas, ce qui montre que les religieux algériens ne respectent même pas ceux qui avaient trahi leur pays pour eux. Dernière remarque : les religieux présents en Algérie ne s’occupent en fait que d’une chose ; aider les habitants par leur action caritative. Même cela ne compte pas, face à la haine de ceux qui revendiquent leur monopole religieux.

 

Le 12 mars 2008 

 
 
 

 

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