![]() | |||||||||||||||
|
Il paraîtrait que le mécontentement grandit
chez les fonctionnaires, ou du moins dans leurs syndicats, à propos du
pouvoir d’achat : grève le 20 novembre, nouvelle grève le 18 janvier,
suivies de négociations entre les syndicats et le ministre du budget et
de la fonction publique, Eric WOERTH, ainsi que le secrétaire d’Etat à
la fonction publique, André SANTINI. Les négociations ont largement échoué
et de nouvelles grèves se profilent à l’horizon. Quel est le discours des syndicats ?
La revalorisation générale promise, celle du point d’indice, est de 0,8%
seulement en 2008 (0,5% au 1er mars et 0,3% au 1er
octobre), ce qui est inférieur à la hausse des prix (1,6% d’inflation
anticipée en 2008) : il y a donc baisse du pouvoir d’achat. C’était
déjà le cas les années précédentes, notamment en 2007. Pas question d’aller
plus loin pour le gouvernement « puisque les caisses sont vides ». La réalité est un peu différente, pour plusieurs
raisons. Tout d’abord, les revalorisations générales sont une chose, la
situation réelle des agents en est une autre. En effet, dans la fonction
publique, les agents progressent par à-coups, à la suite de concours internes,
de promotions ou tout simplement d’avancement à l’ancienneté. Ce qui fait
que ces agents qui avancent dans « leur carrière » ont, eux,
une hausse sensible de leur pouvoir d’achat. Lorsque l’on fait la moyenne
entre la revalorisation générale (le point d’indice) et les promotions
personnelles (encore appelé GVT, Glissement Vieillesse Technicité) la
hausse des salaires moyens, donc des dépenses salariales, est beaucoup
plus conséquente que la hausse des prix. Les syndicats se braquent sur
les revendications générales, le gouvernement tient compte des promotions
individuelles. Certes, on peut critiquer le critère le plus courant (l’ancienneté)
et souhaiter plutôt un avancement au mérite, suivant les performances
de chacun, ce qui est plus conforme à la justice, mais le mérite est difficile
à évaluer dans un système bureaucratique. Il faut en même temps des réformes
de fond sur ce point (création d’agences par exemple). De plus, le gouvernement a fait une autre
proposition qui vise à rattraper la perte de pouvoir d’achat de tous ceux,
qui, n’ayant aucune promotion, auraient perdu au cours des quatre dernières
années du pouvoir d’achat (ils seraient 17% selon le gouvernement). La
proposition vise à instaurer une garantie individuelle de pouvoir d’achat.
« Aucune personne ne peut travailler pour l’Etat et en même temps
perdre de l’argent » avait même dit le ministre. Il s’est montré
en l’espèce très généreux, en garantissant le pouvoir d’achat de ceux
qui ne font aucun effort de progression ou de productivité. Encouragerait-il
l’immobilisme ? En réalité, le problème de fond est ailleurs.
Toutes les charges de la fonction publique (salaires, cotisations sociales,
pensions) sont financées par l’impôt. Avec les revalorisations générales
proposées, plus les promotions individuelles, plus le poids sans cesse
accru des pensions et charges, les dépenses de la fonction publique ne
cessent d’augmenter, ce qui est insupportable (+ 2,5 milliards en 2008).
C’est ce que le président a résumé en disant que « les caisses sont
vides » - ce qui est exact. Le niveau des prélèvements obligatoires
est tel qu’ils empêchent la création de richesses dans le secteur privé.
La priorité est donc de réduire les impôts. Donc le nombre de fonctionnaires. Réduire le nombre de fonctionnaires, c’est
ce qui a été fait dans tous les pays, y compris au niveau local (on vient
d’apprendre par exemple que Berlin, qui avait pourtant dû absorber la
partie orientale de la ville, sinistrée, avait réduit de moitié le nombre
de ses fonctionnaires). Nicolas SARKOZY avait promis de ne remplacer qu’un
fonctionnaire sur deux partant en retraite. On est loin du compte, sans
parler des fonctionnaires nombreux créés au niveau local ou dans des organismes
publics servant à compenser la réduction du nombre de fonctionnaires d’Etat.
Il faut aller beaucoup plus loin et pour cela privatiser tous les services
publics. On verra alors que les fonctionnaires y gagneront, car moins
ils seront nombreux, plus ils devront être productifs et plus leur rémunération
pourra augmenter. Les syndicats n’ont pas compris cela et, voulant empêcher
la réduction du nombre de fonctionnaires, ils condamnent ceux-ci à terme
à une certaine paupérisation. Pour les fonctionnaires, il vaudrait mieux
qu’ils soient moins nombreux, plus efficaces et mieux payés.
Le 5 mars 2008
| |||||||||||||||