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EUROPE SOCIALE : LA FRANCE
REVE D’HARMONISER L’Europe sociale, c’est le grand dada de
toute la classe politique française : pas seulement les socialistes, mais
aussi bien BAYROU que CHIRAC. L’air est connu : il faut compléter l’Europe
économique par une Europe sociale, avec des normes communes, applicables à tous
les pays. En clair, imposer « le modèle français » en matière sociale
(son SMIC, son exemplaire sécu, son régime de retraite si sûr,…) à tous nos partenaires.
La France a choisi le cinquantième anniversaire
du Traité de Rome, dans quelques semaines, pour relancer son offensive sociale.
Elle a pris soin de battre le rappel de tous ceux qui pouvaient partager cette
préoccupation, c'est-à-dire un certain nombre de gouvernements de gauche (et encore
pas tous). Finalement, le gouvernement VILLEPIN a réussi à réunir sur une lettre
visant à redonner « un nouvel élan à l’Europe sociale » huit signatures
de pays européens (sur 27) : on est loin de la majorité. Et encore certains
ont-ils signé pour nous faire plaisir, tout en sachant que cela n’avait aucune
chance de déboucher sur quoi que ce soit. Qui a joint sa signature à celle de la France ?
La Belgique, le Luxembourg, l’Italie, l’Espagne, la Grèce, Chypre, la Hongrie
et la Bulgarie. C’est tout. En clair, soit des gouvernements assez « typés »,
soit des pays de second rang. Pas question de l’Angleterre ou de l’Allemagne,
qui ont pourtant au gouvernement des socialistes, seuls ou avec des alliés ;
pas question de la Pologne et surtout pas question de la Suède ou d’autres pays
nordiques, pourtant de tradition social-démocrate, ayant un fort Etat-providence. C’est dans un premier temps notre ministre
du travail, Gérard LARCHER, qui, lors d’une réunion ministérielle à Bruxelles
a plaidé pour « le grand retour du social » dans les politiques européennes.
Il s’est félicité de voir que si la France était isolée sur ce sujet il y a encore
deux ans, elle avait depuis su convertir quelques pays à sa grande cause sociale.
Que réclament ces pays? Avant tout des « normes sociales minimales applicables
dans l’Union ». Autrement dit, étendre au niveau de l’ensemble
des 27 pays membres ce qui est déjà une erreur dans un seul pays. Prenons l’exemple
du SMIC. Comme nous l’avons souvent expliqué, et encore cette semaine dans l’article
de conjoncture, l’existence même du SMIC est un facteur de chômage pour les personnes
les moins qualifiés, dont la productivité est inférieure au SMIC. Mais l’étendre
à des pays à la productivité encore plus faible, comme les pays de l’Est, ou le
Portugal ou la Grèce, c’est condamner une grande partie de la population de ces
pays au chômage et ruiner à coup sûr leur économie. Et comment peut-on imaginer
qu’un pays comme l’Allemagne, qui n’a pas de SMIC national chez lui, prenne un
jour position pour un SMIC européen ? Tout cela est absurde. Mais la France tient beaucoup à sa déclaration
politique, qu’elle va soumettre à nouveau au Conseil européen du 8 mars, puis
le 25 mars à Berlin à l’occasion du cinquantenaire du Traité de Rome. La France
voudrait qu’on rappelle que la dimension sociale est « un des éléments essentiels
de l’intégration européenne ». Mais la présidence allemande est bien ennuyée ;
elle veut bien une allusion au social, pour faciliter l’adoption par les Français
de la fameuse constitution européenne relookée. Elle trouve qu’il n’est pas facile
de « mettre sur un pied d’égalité l’économie, l’environnement et le social »,
surtout compte tenu des différentes traditions sociales en Europe et des différences
de niveau de développement. Inutile de dire que la Commission BARROSO,
plus libérale que le gouvernement français (ce n’est pas difficile, il est vrai)
freine des quatre fers ; elle a en mémoire l’échec cuisant de la tentative
de directive sur le temps de travail, alors qu’il s’agissait seulement de limiter
le temps maximum à 48 heures et que même cela a été refusé, l’Angleterre en particulier
voulant conserver sa dérogation et autorisant plus de 48 heures de travail par
semaine. On est loin de nos 35 heures. Il est vrai que M. LARCHER a montré le
bout de l’oreille en s’en prenant à la mondialisation et aux inquiétudes qu’elle
suscite. Il est sûr qu’avec des normes sociales strictes, et uniformes, nous allons
mieux nous armer pour affronter la mondialisation… Consternant ! Le 15 mars 2007
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