OCDE : FAIBLESSE DE L’EDUCATION EN EUROPE


C’est un rapport extrêmement sévère pour le système éducatif dans une partie de l’Europe, dont la France, que l’OCDE vient de publier. Ce rapport d’Andréas SCHLEICHER, expert en éducation de l’OCDE, a été publié sous le titre « L’économie de la connaissance : pourquoi l’éducation est la clef du succès de l’Europe » par un think tank européen le Lisbon Council. L’auteur y dénonce les retards et la sclérose des systèmes d’enseignement dans les Etats d’Europe, de plus en plus menacés par la concurrence des pays émergents.

Il constate que certains pays du « tiers monde », comme la Chine et l’Inde, se mettent à « produire », non seulement des biens et des services, mais « à un rythme croissant du personnel hautement qualifié à bas coûts », autrement dit du capital humain. En sens, inverse, comme le notent Les Echos, « le système éducatif européen se détériore et se révèle incapable de fournir des diplômés en qualité et en quantité suffisantes. La France et l’Allemagne ne figurent plus parmi les leaders mondiaux dans le développement du savoir et du talent ».

Que se passe-t-il ? On constate que dans de nombreux pays d’Europe, les dépenses d’éducation sont bien inférieures à celles de la Corée du sud, des Etats-Unis, du Japon ou du Royaume-Uni. Par exemple les Etats-Unis investissent plus de 50% de plus que nous dans l’éducation.  Mais l’analyse de l’OCDE montre que les pays investissant le plus en éducation et en capital humain sont ceux qui ont la plus forte part d’investissements privés dans ce domaine, Corée du Sud et Etats-Unis en tête. Autrement dit, ce n’est pas un problème de dépenses publiques : les différents Etats y consacrent à peu prés la même somme en pourcentage du PIB, et la France dépense beaucoup dans ce domaine. Mais ce qui fait la différence, c’est l’acceptation du financement privé dans ce domaine, des universités privées, de la recherche privée.

On sait que les dépenses privées sont plus efficaces que les dépenses publiques, moins gaspillées, mieux gérées : elles démultiplient donc l’effort éducatif. En France ou en Allemagne, le secteur éducatif privé, surtout dans le supérieur, est très faible et les efforts de dépenses publiques ne suffisent pas à compenser les retards sur les autres pays, surtout quand on sait comment sont utilisés chez nous les deniers publics.

Tous les pays forment de plus en plus de diplômés de l’enseignement supérieur, sauf la France qui, comme l’Italie, n’en génère pas plus en proportion de sa population que dans les années 60, et l’Allemagne même moins qu’à l’époque. En sens inverse, comment ne pas tenir compte de l’expérience de la Corée, qui est passée de la 21ème à la 3ème place des pays de l’OCDE pour le nombre de jeunes adultes ayant une formation universitaire, en pourcentage de la population ? La Corée est le pays où  le financement privé est le plus important, plus encore qu’aux USA. En Corée 97% de la population de 25 à 34 ans a bénéficié d’une formation secondaire, c’est le taux le plus élevé des pays industrialisés. Quantité, qualité et égalité sont au rendez-vous dans ce pays.

Au contraire, le rapport souligne qu’en Europe, en dépit des sommes englouties et surtout des discours enflammés, « les systèmes éducatifs renforcent les inégalités sociales » : plus on parle d’égalité, moins on la pratique. Beaucoup de jeunes Européens, et notamment Français, sortent du système éducatif sans formation ni emploi. Seuls, parmi ceux qui ont un fort pourcentage de dépenses publiques, les pays du Nord de l’Europe, comme la Finlande, s’en sortent, mais ils ont une autre conception que nous de l’utilisation des finances publiques et n’hésitent pas à faire jouer la concurrence entre établissements publics.

Au total le rapport souligne les efforts qu’il nous faudra accomplir pour « atteindre les standards d’une société moderne ». Ces efforts passent par davantage d’investissements (nécessairement privés, puisque le public est à bout de souffle et n’a plus de marge de manoeuvre) et par plus de flexibilité : en clair par la privatisation et la concurrence. Ce que le rapport appelle « passer de l’uniformité à la diversité, d’une approche bureaucratique à une culture de résultats, et cesser de parler d’égalité, mais la rendre possible ». La France pour l’instant a fait le choix du « service public unifié et laïque de l’Education Nationale ».

 

 

Le 30 Mars 2006  

 

 

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