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Nous avons l’habitude
ici, nos lecteurs le savent bien, d’être sans complaisance vis-à-vis des
hommes politiques, quels qu’ils soient. Il faut dire qu’il n’y a pas grand-chose
de libéral dans ce qu’ils disent et encore moins dans ce qu’ils font.
Mais cela nous donne une plus grande liberté pour souligner
-ce qui est bien rare- les déclarations qui vont dans la bonne
direction. Nous l’avons fait il y a quelques semaines avec Alain MADELIN
à propos des OPA. Voilà que Nicolas SARKOZY a tenu des propos intéressants
sur l’école, qui tranchent avec ce que l’on entend habituellement. Les
Echos jugent que Nicolas SARKOZY « brise de nouveaux tabous ».
Laissons nos lecteurs en juger. A l’occasion
de la convention de l’UMP sur l’éducation, qui
remonte à quelques jours, le ministre de l’intérieur a accordé un entretien
au Figaro sur l’école. Il n’est pas trop tard pour revenir sur ce sujet
essentiel, car il y a longtemps que les hommes politiques n’avaient plus
parlé de l’école, si l’on excepte les propos de Gilles DE ROBIEN, toujours
politiquement correct. Le diagnostic de SARKOZY n’est pas faux :
« Ce que l’école faisait autrefois, permettre à des élèves issus
de familles modestes de s’élever socialement grâce à l’enseignement secondaire
et supérieur, l’école ne le fait plus. Quelque 15% des élèves de sixième
ne maîtrisent pas les bases fondamentales de la lecture, de l’écriture
et du calcul. 160 000 jeunes sortent chaque année du système scolaire
sans diplômes (…). Je constate qu’il n’y a jamais eu autant de ZEP, autant
d’échec scolaire et autant d’inégalités scolaires (…). Le zonage aggrave
la ségrégation et aboutit à mettre ensemble, dans les mêmes établissements,
les élèves les plus difficiles, les enseignants les plus jeunes et les
moins expérimentés. La lutte contre l’échec scolaire n’est pas une affaire de zone, mais une affaire d’individus ». Le secteur privé
est-il une partie de la solution ? « Le social n’est pas l’apanage
des établissements publics. Les établissements privés ont une longue pratique
et des réponses originales en la matière. L’enseignement privé déborde
d’ailleurs de demandes d’inscription. Je n’accepte pas que la liberté
de choix de l’école soit réservée à ceux qui habitent dans les beaux quartiers.
Pour la même raison, je suis pour la suppression à terme de la carte scolaire.
A terme, parce qu’elle n’est possible que dans le cadre d’une autonomie
renforcée des établissements ». Et les solutions ?
« Je crois qu’il faut plus de liberté pour les enseignants. On n’enseigne
pas la lecture et l’orthographe de la même manière à tous les enfants.
La clef, c’est l’adaptation. L’enseignant qui a eu le temps en vingt ans
de mettre au point ses propres techniques doit être jugé sur ses résultats
et non sur ses méthodes. Il faut faire confiance à l’expérience. L’idée
qu’il n’y a de succès que dans le respect des circulaires est absurde ». « Je suis
favorable à l’expérimentation. La réforme idéale, parfaite, tout de suite, je n’y crois pas. En revanche expérimenter
et généraliser si c’est probant, c’est une autre méthode de gouvernement.
Enfin je pense que c’est par l’autonomie des établissements que nous obtiendrons
des transformations dans l’Education Nationale.
Chaque établissement scolaire devrait pouvoir se doter d’un projet qui
lui soit propre et pouvoir affecter librement 20% de son budget, contre
3% aujourd’hui ». Certes, il faut aller plus loin, y compris dans l’expression, et parler carrément de concurrence scolaire. Et nous préférerions 100% du budget librement affecté plutôt que 20%. Il faudrait aussi instaurer le chèque scolaire et la liberté d’ouverture des établissements et des classes. Mais reconnaissons que le ton a changé, dans ce domaine tout au moins. Nous en voulons pour preuve la fureur du Président des parents d’élèves de la FCPE, Georges DUPON-LAHITTE, qui affirme « sans le dire, SARKOZY défend une conception complètement libérale de l’école ». N’exagérons pas. Mais, du moins, il n’a pas cité le « service public », encore moins « unifié et laïque », et ne semble avoir peur ni du privé, ni de l’expérimentation, ni de la décentralisation, ni de la liberté. Peut-on suggérer à Nicolas SARKOZY de tenir les mêmes propos dans le domaine économique : concurrence, liberté, privatisation, responsabilité. Ce sera sans doute plus difficile. C’est pourtant ce qu’attendent les Français. La liberté dans tous les domaines.
Le 15 Mars 2006
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