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A l’heure du
retrait de la réforme du Bac de la loi Fillon suite aux manifs des lycéens
et lorsque tout le monde est d’accord pour dire que l’Education nationale
est impossible à réformer, un syndicat
d’enseignants se remarque par ses prises de position « décalées ».
Depuis cent ans, le SNALC (Syndicat national des lycées et collèges) a
choisi de lutter pour l’amélioration des enseignements et non pas pour
demander toujours plus de moyens. Leur siège du IXème
arrondissement n’a rien à voir avec les immeubles imposants de la CGT
ou de FO. Quelques bureaux, deux petites salles de réunions, les militants
sont à l’étroit dans cette rue située en plein quartier de grossistes.
Cela n’empêche pas le SNALC d’être centenaire et de connaître une histoire
pleine de péripéties… Cent ans
d’indépendance Fondé en 1905, le SNALC se démarque tout de suite des autres syndicats en refusant la politisation. La Fédération refuse en 1911 d’adhérer à la Fédération générale des fonctionnaires. Dans l’entre deux guerres, la question qui se repose avec le plus d’acuité est celle de l’affiliation à la CGT par le biais de la Fédération générale des fonctionnaires. Les congrès nationaux donnent lieu à des discussions passionnées, et même à des incidents, entre tenants de l’adhésion et partisans de l’autonomie. Si une bonne part des dirigeants du syndicat, dont le président Edmond Lackenbacher, sont pour l’entrée à la CGT, de nombreux adhérents de la base reprochent à celle-ci ses engagements politiques. Une consultation est organisée en 1933, une autre en 1934. A chaque fois, l’adhésion à la CGT est repoussée, car elle ne peut atteindre la majorité statutaire des deux tiers. L’environnement syndical et politique se transforme avec la réunification de la CGT en mars 1936 et la victoire du Front populaire en mai. Aussi la question de l’affiliation à la CGT est-elle de nouveau posée par les confédérés. Mais, pour la troisième fois, le congrès national de 1937 rejette massivement l’adhésion par plus de 63 % des suffrages exprimés. Les confédérés avaient fait savoir à l’avance qu’ils se retireraient en cas de vote négatif. Tandis que les minoritaires participent, au sein de la CGT, à la création du Syndicat du Personnel de l'Enseignement Secondaire, le SPES-CGT, et que d’autres universitaires fondent le Syndicat général de l’Education nationale (SGEN), qui adhère à la CFTC, le Syndicat national se réorganise après ce qui n’est ni une scission ni une exclusion, mais la sécession d’une minorité, s’ouvre à toutes les catégories du personnel de l’enseignement secondaire et prend la dénomination de Syndicat National des Lycées, Collèges et Cours Secondaires, mais interdit la double appartenance.
A la Libération, le SNALC est pratiquement le seul à s’opposer au plan « marxisant » Langevin-Wallon présenté dans un rapport remis le 19 juin 1947 et qui, à la jonction de deux courants d’avant-guerre, l’école unique pour les structures, l’école nouvelle pour la pédagogie, veut démocratiser l’enseignement. Il préconise la prolongation de la scolarité jusqu’à dix-huit ans et la mise en place d’un tronc commun. Ce projet, qui sera à la base de tous les projets de réforme ultérieurs, quels qu’en soient les initiateurs, ne manque pas de susciter inquiétudes et réserves au SNALC. Au congrès national de 1949, le SNALC déclare à propos de ce Plan : « La culture semble sacrifiée à la pédagogie ». La première
grève en… 1971 Dans les années
1950, le SNALC est incontestablement minoritaire, mais il reste représentatif.
Son audience augmente sensiblement à partir de 1968, car il est le seul
à refuser le désordre et l’illusion. Il incrimine l’imprévoyance et la
démission des autorités, refuse de s’associer à des mouvements à caractère
ouvertement politique et révolutionnaire et met très fermement en cause
la politique démagogique du ministre Edgar Faure. Il déjoue les manœuvres
de récupération, met en garde contre la double appartenance qui ne profiterait
qu’à des organisations de circonstance à la représentativité factice,
dénonce en même temps l’influence malfaisante de l’oligarchie politico-syndicale
qui tient l’Education nationale. Il s’élève contre l’injustice dans l’attribution
des décharges de service et l’ostracisme des médias. Il publie en 1970
un Livre noir des événements de
mai 1968 jusqu’en décembre 1969. Sa commission pédagogique s’attache
à mettre au point le projet SNALC de réforme de l’enseignement. S’il prend
nettement position contre la présence des délégués de parents et d’élèves
dans les conseils de classe, il remporte une victoire avec la création,
en 1970, du travail à temps partiel : c’est en effet depuis 1920 qu’il
réclamait les « demi-services ». Les élections aux conseils d’administration
traduisent sa progression : celle-ci est confirmée aux élections professionnelles
de 1969, où il obtient cinq sièges nationaux et des sièges académiques
partout, alors que les syndicats de la FEN et le SGEN enregistrent un
net recul, et, en 1971, il entre au Conseil de l’enseignement général
et technique (CEGT). Pour la première
fois depuis la guerre, il prend l’initiative d’une grève de deux jours
à la rentrée 1971. Sous le ministère
Jospin, le SNALC s’en prend au simulacre de consultation dans le cadre
du rapport Bourdieu-Gros, dénonce la faiblesse
ou le manque de réaction des autorités devant les atteintes à la laïcité
dans l’affaire du foulard islamique et adresse des critiques sévères aux
Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) mis en place
à partir de 1990-1991. Le 23 janvier 1992, il occupe la salle du Conseil
national des programmes pour protester contre les projets qui aboutissent
à mutiler l’enseignement des langues vivantes. Durant les années 1990, sous les ministères Lang, Allègre ou Ferry, le Syndicat continue à mettre en cause le « pédagogisme », les gaspillages et le maintien du collège unique. La récente loi Fillon est partiellement combattue surtout pour son manque d’audace, mais le SNALC continue à préférer l’action utile aux manifs et aux grèves stériles.
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