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La différence
essentielle entre la France et les Etats-Unis, c’est l’extraordinaire
conservatisme français, au mauvais sens du mot, qui nous empêche d’imaginer
la moindre réforme et a fortiori de sortir du politiquement correct. Au
contraire, les Américains sont sans complexe lorsqu’il s’agit d’innover
et envisagent le plus tranquillement du monde les réformes les plus radicales.
On vient d’en avoir un nouvel exemple avec Alan GREENSPAN, Président depuis
dix-huit ans de la Fed (la réserve fédérale
américaine). Il est à dix mois de sa retraite (à 79 ans) et retrouve donc
une plus grande liberté de parole. Il vient d’être
entendu par la commission préparant une réforme de la fiscalité. Il a
appuyé une proposition, déjà avancée devant cette commission, consistant
à supprimer l’impôt sur le revenu pour le remplacer par une taxe fédérale
sur la consommation, (du type TVA), qui n’existe pour l’instant qu’au
niveau des Etats. C’est d’autant plus important que si l’Etat
fédéral collecte environ 2 000 milliards d’impôts, la moitié provient
de l’impôt sur le revenu. Pour M. GREENSPAN,
« de nombreux économistes estiment qu’une taxe sur la consommation
serait plus favorable à la croissance économique, parce qu’elle a de bonnes chances de favoriser l’épargne et la formation
de capital en supprimant les impôts sur les revenus de l’épargne et de
l’investissement ». « Je crois que, comme la génération du baby-boom
va commencer à prendre sa retraite dans les prochaines années, il va devenir
plus important pour la nation d’augmenter les ressources disponibles à
l’avenir à travers une plus grande épargne nationale. Un code des impôts
plus simple réduirait aussi les ressources considérables dédiées à se
mettre en conformité avec les lois fiscales et les ressources libérées
seraient utilisées à des objectifs plus productifs ». Conscient des
réserves qui ne manqueront pas de surgir, Alan GREENSPAN n’exclut pas
un système hybride avec un impôt sur le revenu considérablement simplifié
et à taux très faible et une taxe sur la consommation car « ni
le Congrès, ni le pays ne sont probablement aujourd’hui prêts à passer
totalement d’un système à un autre. J’imagine que probablement ce serait
la meilleure route à suivre ». Evidemment,
la gauche s’est empressée de protester, car pour elle l’impôt progressif
sur le revenu représente la justice fiscale et sociale, puisqu’il prend
en proportion plus aux plus riches, tandis qu’une impôt indirect pénaliserait
plus les revenus faibles et moyens, qui consomment plus en proportion
que les plus riches et qui épargnent moins. On connaît bien ce type d’argument. Mais d’autres
ont appuyé sa proposition, comme Karl ROVE, principal stratège politique
de G.W. BUSH, qui déclare « Quand vous regardez les économies d’Europe
centrale, qui ont adopté des réformes fiscales combinant une taxe sur
la consommation et un impôt sur le revenu faible, leur croissance est
très forte ». De leur coté, les calculs du rapport économique du
Président soulignent qu’une telle réforme pourrait dès la première année
accroître de 43% l’épargne individuelle. G.W.BUSH lui-même a affirmé « vouloir
travailler à une simplification du code des impôts, comme je l’ai promis
au peuple américain. J’attends les conclusions de la commission ». Bien entendu,
on peut critiquer tel ou tel aspect de la proposition. Faut-il supprimer
l’impôt sur le revenu ou seulement en supprimer la progressivité pour
le remplacer par une taxe plate, plutôt que par la TVA ? Il vaut
mieux un impôt qui se voit qu’un impôt indolore en apparence et donc invisible
comme la TVA. Mais on peut supposer que lorsque GREENSPAN parle d’un impôt
simplifié et à taux faible, il songe à une taxe plate au lieu de l’actuel
impôt progressif. Ce serait un progrès certain. Mais là n’est pas l’essentiel à nos yeux : on peut toujours discuter sur le plan technique de tel aspect du projet. Ce qui nous intéresse, c’est qu’aux Etats-Unis, les principaux responsables n’ont aucune honte à envisager publiquement les réformes les plus radicales. Alors que chez nous, la majorité est si frileuse qu’elle n’envisage même pas de réformer l’impôt de solidarité sur la fortune (qui n’existe plus ailleurs). Quant à l’impôt sur le revenu, il n’en est même pas question et nous allons garder la progressivité la plus forte, ce qui continuera à faire fuir les plus entreprenants.
Le 19 Mars 2005
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