ALLEMAGNE : LES MINIMA SOCIAUX FONT DEBAT


La semaine dernière, la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe a joué un mauvais tour à la chancelière Angela Merkel, mais surtout aux finances publiques allemandes. Du même coup une crise politique menace maintenant, les libéraux du FDP demandant une refonte des aides sociales dont la chancelière ne veut pas.

La Cour avait à se prononcer sur la constitutionnalité de l’une des dispositions introduites par le chancelier Schröder pour rendre au marché du travail une plus grande flexibilité et par là-même limiter le chômage. Quatre « lois Harz » avaient été promulguées à cet effet, concernant les conditions d’embauche et de licenciement, le travail à temps partiel, les modalités des rémunérations et la quatrième de ces lois avait prévu une aide sociale pour les personnes ayant les revenus les plus faibles. Le montant de cette aide était de 359 euros par mois – très inférieur à celui du RMI français de l’époque ou du RSA actuel. Des personnes percevant cette somme ont introduit un recours pour faire reconnaître qu’elle n’assurait pas « le droit à une existence digne » prévu par la Loi Fondamentale de la République Fédérale d’Allemagne. Il incombe à l’Etat, dit la Cour, de garantir à chacun « un minimum de participation à la vie sociale et culturelle ». L’Etat a donc été mis en demeure de relever le minimum social, qui devrait être de 420 euros par mois. Cela représente d’après le ministre des Finances Wolfgang Schäuble une charge budgétaire nouvelle de 10 milliards d’euros.

Mais la tempête n’est pas tant budgétaire que politique. Le leader des libéraux (FDP) Guido Westerwelle, ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de coalition FDP-CDU, a violemment protesté contre l’idée de relever les minima sociaux. A ses yeux, c’est encourager beaucoup d’Allemands à ne pas travailler, puisque l’argent leur est apporté par l’Etat Providence, et la RFA risque de connaître « une décadence digne du Bas Empire Romain ». Cette déclaration a mis le feu aux poudres, et chacun y est allé de sa phrase assassine.

Il faut dire que c’est le principe même de la coalition FDP CDU qui est maintenant en cause. Les libéraux ont remporté un succès important au cours des dernières élections législatives nationales, mais leurs attaques sans ménagement de l’Etat Providence a heurté les élus de la CDU, qui s’accommodent depuis des années d’une sociale démocratie tempérée. Au fond, le CDU était plus à l’aise en gouvernant avec les socialistes du SPD, et parmi les socialistes historiques allemands figure le chancelier Schröder, qui a pratiqué une politique plutôt libérale !

La reconsidération de la coalition est sur la table à la veille des élections régionales en Rhénanie Westphalie, en mai prochain. La coalition est donnée perdante, de sorte que les leaders de la CDU se demandent s’ils ne pourraient pas conclure une nouvelle alliance avec les Verts. Heureusement toutes ces manœuvres partisanes se déroulent en Allemagne, et pas chez nous. D’ailleurs il n’y a aucun parti libéral en France, où l’Etat Providence a l’accord de tous.

Le 24 Février 2010

   
 

 

Imprimer cette page