LA REFORME BANCAIRE D’OBAMA INDESIRABLE
EN EUROPE
La « réforme Volcker » a suscité une levée de boucliers à Wall
Street. Deux mesures majeures ont avivé la crainte des financiers : la limitation
de la taille des banques, l’interdiction pour les banques de faire de la transformation. Sur le premier point, l’ancien président de la FED est en accord avec ce que recommande la Banque des Règlements Internationaux de Bâle (appelés
Bâle III). Or, les spécialistes de la finance bancaire imputent la concentration
des banques à la réglementation antérieure, appelée Bâle II., prescrivant depuis
plusieurs années des ratios de financement en fonction de leurs fonds propres.
Les banques avaient donc été amenées à partir à la chasse aux actionnaires, soit
en ayant des taux de profit très élevés (d’où l’obsession du chiffre sans considération
des relations de confiance avec la clientèle, pourtant base multiséculaire du
métier de banquier), soit en rachetant les capitaux propres d’autres banques.
A ce jeu, les banques ont dû grossir, de façon très rapide et très artificielle.
Les banquiers sont majoritairement opposés à Bâle III. Mais la profession s’est
fait piéger en acceptant le soutien des fonds publics, fût-il très marginal et
très provisoire : aujourd’hui Obama accuse les banques d’avoir coûté trop
cher au contribuable américain. Sur le second point le plan Volcker prévoit l’interdiction pour les banques
recevant des dépôts liquides de leur clientèle de les engager dans des opérations
de financement à long terme. Les banques doivent se trouver en situation permanente
de sur-liquidité, et dans l’impossibilité de s’adresser à la FED pour reconstituer des liquidités imprudemment
engagées. Ce qui est intéressant, c’est qu’en Europe non seulement les banquiers
mais les gouvernants eux-mêmes ne sont pas d’accord. Madame Lagarde n’avait pas
caché naguère son admiration pour les attaques d’Obama contre les banquiers américains,
elle a maintenant dans le cadre d’Ecofin et du G7 fait connaître l’opposition
de la France à cette mesure de retour à la « spécialisation
bancaire ». Les autres ministres des Finances d’Europe adoptent la même attitude.
C’est que la spécialisation est un arrangement institutionnel d’une autre
période. Un Français, Henri Germain, fondateur du Crédit Lyonnais, avait inventé
ce que l’on appelle la « banque de dépôts ». Pour attirer la clientèle,
il s’engageait à garder un taux de couverture de son passif très élevé, réduisant
d’autant la possibilité de crédit, mais aussi le risque de faillite. Aujourd’hui
le fait de recycler sans cesse l’argent déposé par la clientèle n’est plus considéré
comme un acte répréhensible ou imprudent, car les possibilités de refinancement
vont bien au-delà du recours à la Banque
Centrale, et la
gestion des actifs est bien plus avisée qu’il y a un siècle. Enfin les dépôts
sont aujourd’hui moins liquides, l’introduction des chèques et encore plus des
cartes de crédit mettent le banquier à l’abri de la panique des déposants. En
sens contraire, empêcher de « transformer » des dépôts liquides en crédits
plus ou moins longs, c’est priver l’économie d’un financement indispensable à
la croissance économique. Et les banquiers aussi seraient ruinés. Le 24 Février 2010 |