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| REFORME
DES RETRAITES : DISCOURS SUR LA METHODE L’actualité sociale de la semaine a été dominée par le sommet organisé à l’Elysée entre le Président de la République et les « partenaires sociaux » pour déterminer le calendrier de la concertation sur la réforme des retraites. La
méthode utilisée nous paraît tout à fait déplacée, au moins pour deux raisons :
d’une part les concertations de ce genre ne sont pas à la mesure d’un problème
fondamental et récurrent, qui se pose depuis plus de trente ans, d’autre part
dès l’entrée de jeu, et avant même toute concertation, le champ du débat est limité,
et l’on exclut des approches et des solutions qui mériteraient au moins qu’on
en discute. Qui va-t-on consulter, et sur quoi ? Qui
va-t-on consulter ? S’agit-il d’ailleurs d’une consultation ? Le gouvernement aurait déjà sa réforme en poche. Recul de l’âge de la retraite, allongement de la durée de cotisation, maintien du niveau des pensions, et quelques autres mesures de moindre importance. Il est déjà surprenant que la solution tombe du ciel élyséen. Lesdits partenaires ont compris que l’intention de l’exécutif est de leur « faire passer » une réforme qu’il a déjà arrêté dans ses grandes lignes. Laurence Parisot a affirmé poliment mais fermement qu’il fallait « respecter l’espace des partenaires sociaux », c'est-à-dire que l’Etat n’a aucune raison de s’inviter à la négociation collective sur les retraites. Il est vrai que voilà bien longtemps que le « paritarisme » jadis revendiqué par François Bergeron n’est plus respecté par les gouvernements (de gauche comme de droite). Le pouvoir exécutif s’est arrogé le monopole du débat social, syndicats et organisations professionnelles font de la figuration – libre à eux ensuite de descendre dans la rue. Nous ne sommes même pas sûrs que ce soit aux partenaires sociaux qu’il revient d’organiser et de trancher le débat. Tout d’abord, il existe un Parlement, et la réforme consiste à annuler ou modifier des textes de lois votés par les élus du peuple. C’est à celui qui fait la loi de la changer. Certes
cette remarque est purement théorique dans la mesure où le Parlement, en dépit
de la bonne volonté de certains députés et sénateurs, s’est transformé en chambre
d’enregistrement des projets de l’exécutif. Mais pourquoi pas une fronde des élus,
si l’opinion publique paraît, au fil des sondages et des consultations électorales,
rejeter les réformes avancées ? Ensuite, il existe des millions d’assurés
sociaux, et il est scandaleux de jouer leur sort et celui de leurs enfants à la
roulette russe des politiciens et des syndicalistes. Ni le Président, ni le gouvernement,
ni les leaders syndicaux n’ont la moindre légitimité démocratique pour introduire
des réformes dont ils n’ont jamais rien dit à leurs électeurs. L’ensemble de leurs
discours est purement démagogique, car ils sont incapables de garantir quoi que
ce soit pour des avantages et des coûts qui ne se révèleront que dans dix, vingt
ou quarante ans. Sur
quoi ? Les Français sont soigneusement tenus dans l’ignorance des tenants et aboutissants d’une réforme des retraites. Qui leur a dit ce que leur coûte le système actuel ? Qui a eu le courage de dire qu’il est condamné ? Qui a parlé de changer le système ? Pour l’instant la discussion se déroule autour de l’âge de la retraite, qui fait l’unanimité contre elle. Jacques Garello et Georges Lane, dans les études qu’ils ont menées dans le cadre de l’IREF, ont relevé ce qu’il y avait de révoltant dans le fait de changer la règle d’un jeu en cours de partie. Des gens ont cotisé toute leur vie, et au moment de prendre leur retraite on leur dit que ce n’était pas assez ! En réalité, chacun devrait pouvoir choisir et son niveau de pension et ses modalités de financement. Mais cela constitue un changement de système, dont a priori le Président et la plupart des partenaires sociaux ne veulent pas entendre parler, par pure ignorance ou idéologie. Les leaders syndicaux sont intéressés, puisqu’ils sont les gestionnaires et les bénéficiaires principaux du système actuel. Mais quel intérêt le gouvernement trouve-t-il à s’enfermer dans l’illogisme ? Un vrai débat devrait au moins évoquer d’autres solutions que la manipulation des paramètres de la répartition. C’est d’ailleurs ce que fait remarquer le récent rapport du COR, Conseil d’Orientation des Retraites, qui a explicitement fait référence à d’autres systèmes que celui de la répartition, citant notamment la retraite par points ou les comptes notionnels « à la suédoise » dont le Président du COR a reconnu qu’ils faisaient une large place à la capitalisation. Alors, pourquoi aucun des partisans et théoriciens de la capitalisation ou des comptes personnels de retraites (par capitalisation) ne sera-t-il amené à donner son point de vue ? Un vrai débat devrait aussi aborder le dossier brûlant des retraites de la fonction publique. Mais il est dit que la pseudo-consultation ne portera pas sur ce qui fâche. Ni sur ce qui sauve ! Le 24 Février 2010
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