DAVOS 2010: UNE CUVEE MEDIOCRE


Cette année le forum de Davos n’a pas eu son éclat habituel. Certes, cela n’a pas beaucoup d’importance, car Davos n’a jamais eu le moindre impact sur l’économie mondiale : on y va surtout pour s’y montrer. Si les stars ont été en si faible nombre, c’est que la crise prescrit aux gens importants (ou qui se croient tels) de rester à la maison.

La présence de Nicolas Sarkozy, prononçant le discours d’ouverture, n’a pas suffi à mobiliser les foules. D’ailleurs ce discours a été plutôt fraîchement accueilli. Les Echos du 30 janvier titre : « Nicolas Sarkozy irrite les banquiers et laisse les Américains de marbre ». « Populiste », commente un banquier américain, et en écho un banquier asiatique : « Il croit quoi ? Que les gouvernements vont être capables d’imaginer un système de régulation mondiale complexe mais efficace ? Qu’ils peuvent se substituer au marché sans commettre des erreurs pires encore ? ». Les rêves de refondation du capitalisme ont attiré les gogos et les médias au plus fort de la crise : des gens apeurés prêtent l’oreille aux illusions. Aujourd’hui la réalité ramène à la raison.

C’est ce même retour à la réalité qui a suscité les protestations du monde financier contre le projet Obama de réglementation des institutions bancaires, que Londres et Paris s’apprêtent d’ailleurs à transposer – si possible. Le thème choisi par le metteur en scène de Davos, Klaus Schwab, était pourtant bien celui des relations « entre l’économie réelle et le monde de la finance », façon élégante d’affirmer que le monde de la finance n’appartenait pas à l’économie réelle. L’administration américaine, représentée par Larry Summers, s’est montrée très discrète sur les « règles Volcker », ces réformes tendant à contrôler la taille des banques et la nature de leurs opérations. Mais les banquiers ont présenté un front uni, et n’ont guère apprécié, sur ce point encore, les leçons d’économie sinon de morale que leur infligeait Nicolas Sarkozy. « L’activisme gouvernemental ne doit pas être trop poussé », aurait commenté Heizo Takenaka, ancien ministre japonais de l’économie. Et Les Echos de rapporter également la réaction d’un banquier européen : « On peut vouloir limiter l’innovation financière, ne plus inciter les banques à prendre des risques. Mais au bout du compte si les banques prêtent moins, ce sont les entreprises qui en paieront le prix ». Pour l’instant, les premières à payer le prix ont été les banques elles-mêmes : la menace des règles Volcker a provoqué une forte chute des cours des valeurs bancaires à Wall Street, brisant un élan de reprise qui avait permis de récupérer une part non négligeable de l’argent perdu pendant la crise.

C’est dire qu’à Davos les esprits étaient ailleurs : plutôt à Washington et à Wall Street.

Le 10 Février 2010

   
 

 

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