REFONDER LA MEDECINE LIBERALE


On refonde, on refonde. Après le capitalisme, Nicolas Sarkozy a dit son intention de refonder la médecine libérale. Ce sera sans doute plus facile que de refonder le capitalisme, dont la vigueur est apparemment intacte, et qui a déjà subi des attaques pires dans le passé et les a déjouées avec succès. La médecine libérale, du moins en France, est déjà moribonde, donc on peut l’achever en toute quiétude.

Le Président a certainement voulu mettre fin aux dernières escarmouches entre le corps médical et Roselyne Bachelot, sur la vaccination sans doute, mais aussi sur les tarifications et les modalités d’installation. Il a donc commis le président de l’ordre national des médecins, Michel Legmann, pour faire des propositions qui, suivant la méthode élyséenne, doivent être présentées dans les délais les plus brefs, d’ici à la fin mars. D’ici deux mois, il faut donc « inventer un nouveau modèle qui soit attractif ».

Nous ne doutons pas de la bonne volonté présidentielle mais, d’une part, l’objectif est trop ambitieux et, d’autre part, on semble oublier ce qu’est une profession libérale. L’annonce élyséenne est d’ailleurs en concordance de temps avec le rapport de Madame Brigitte Longuet sur la réforme des professions libérales.

Concernant la médecine, elle a été assurément tuée par l’Etat et la Sécurité Sociale. Si elle est moins attractive aujourd’hui, s’il y a de moins en moins de candidats pour le métier de généraliste, s’il n’y a plus de médecin libre pendant les week ends ou pendant les nuits, de sorte que les patients sont condamnés à se présenter dans les services d’urgence des hôpitaux, s’il manque d’anesthésistes, et bientôt de chirurgiens, c’est peut-être parce que les conditions d’exercice de cette noble profession sont désastreuses. Des études faites sur le revenu des médecins généralistes par plusieurs syndicats font apparaître que le revenu net est inférieur à celui d’un cadre moyen, alors que la durée des études et la responsabilité sont sans rapport. Les médecins « conventionnés » subissent depuis des années une érosion du remboursement de leurs actes par la Sécurité Sociale. Le coût de la médecine ambulatoire est un mauvais argument, puisque les déficits de l’assurance maladie proviennent essentiellement de l’hospitalisation publique. Mais il est plus facile de désigner à la vindicte populaire les honoraires des médecins ou le prix des médicaments que de mettre de l’ordre dans ce fameux statut du personnel hospitalier et dans l’anarchie de la carte hospitalière.

La Sécurité sociale a tué la médecine libérale, a transformé les médecins en fonctionnaires mal payés et mal considérés. Ceux d’entre eux qui avaient fait le choix du secteur libre ont été volontairement empêchés, leur nombre a été bloqué. Les syndicats de médecins se sont contentés de quelques aumônes, parcimonieusement offertes chaque fois que la révolte grondait dans les rangs des carabins.

C’est sur le principe du libéralisme qu’il fallait se battre. C’est la qualité des relations personnelles que le praticien entretient avec ses patients et leurs familles qu’il fallait appuyer. C’est sur le dévouement et la générosité qu’il fallait insister. C’est la considération sociale perdue qu’il fallait ranimer. Au contraire on a sombré dans le corporatisme, dans le malthusianisme, et on s’est offert une victime expiatoire sur l’autel de la bureaucratie du ministère de la santé. La santé est devenue tellement publique qu’elle a cessé d’être libérale ?

Mais le rapport de Brigitte Longuet ne va-t-il pas généraliser les dégâts, et les étendre à toutes les professions libérales ? Voici notre gouvernement atteint d’un prurit réglementaire, qui n’est pas sans rappeler la création des ordres professionnels par Vichy. Avant les « ordres », il y avait des médecins, des avocats, des notaires, des experts comptables. Ils exerçaient leur art dans une logique de liberté : libre choix par le client, libre contrat entre prestataire et client, comprenant en particulier libres honoraires. Ce n’est pas par hasard que l’on parlait d’honoraires au lieu de « salaires ».

C’est par amour de cette liberté que les esprits les plus brillants se destinaient à ce secteur libéral. Mais il a été laminé, fiscalisé, réglementé, encadré de telle sorte qu’aujourd’hui il est en crise, sinon en voie de disparition. Le gouvernement veut s’en occuper. Tant mieux ou hélas ? Tant mieux s’il s’agit d’alléger les fiscalités, de rétablir l’égalité de traitement avec les autres Français. Tant mieux s’il s’agit de libéraliser les conditions d’installation ; la concurrence est profitable s’il y a liberté de choix et de rémunération. Hélas, s’il s’agit de « donner plus de cohérence à un paysage très morcelé », c'est-à-dire à inciter (pour ne pas dire forcer) les professions à se regrouper, à se voir imposer des formes nouvelles de fonctionnement. La grande réforme dont ont besoin les professions libérales et le retour à la liberté et à la responsabilité.

Le 3 Février 2010

   
 
   

 

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