QUI A PEUR DE LA DETTE PUBLIQUE ?


Les craintes inspirées par l’endettement excessif de la plupart des Etats sont tout à fait infondées. C’est du moins ce qui ressort de la politique menée par trois pays : Islande, Venezuela et Argentine. Dans un article du Figaro Economie qui avait échappé à notre vigilance (18 janvier) l’ami Jean Pierre Robin expose avec talent « les trois façons de ne pas payer ses dettes ». 

La première façon est d’annuler purement et simplement les emprunts contractés. C’est la méthode islandaise. L’Islande, on le sait, a été l’une des principales victimes des malversations financières américaines. Subprimes, Madoff : les banques islandaises, et la plus importante d’entre elles Icesave, sont tombées dans tous les panneaux. Le Président Islandais consultera par referendum les citoyens islandais le 6 mars prochain en leur demandant s’il faut « rembourser aux gouvernements britannique et néerlandais les 3,8 millions d’euros qu’ils ont avancé pour indemniser 300.000 de leurs concitoyens lésés par la faillite d’Icesave ». On avait le souvenir des emprunts russes, reniés par l’URSS, et des « mutations monétaires » de Philippe le Bel et ses successeurs, mais on pouvait difficilement imaginer qu’un peuple honnête et chaleureux comme le peuple islandais allait accepter que son gouvernement se livre à un tel brigandage.

La deuxième façon est plus « classique » comme le dit Jean Pierre Robin. C’est la dévaluation. Elle a été utilisée de façon systématique aussi longtemps que les Etats ont été les maîtres absolus de leur monnaie. Leur souveraineté monétaire les conduisait à fixer la valeur de leur monnaie nationale par référence à un poids d’or (étalon-or) ou à une monnaie dominante (si elle est convertible en or c’est le gold exchange standard ou étalon-devise-orBretton Woods version originelle-, si elle n’est pas convertible c’est le change fixe –chaque monnaie est définie par rapport à une autre devise ou à un panier de devises comme l’écu européen). La même souveraineté monétaire les autorisait à voler leurs créanciers en pratiquant des dévaluations : de façon unilatérale l’Etat modifiait la parité or, ou devise or, ou devise. Les gens qui possédaient cette monnaie étaient donc du jour au lendemain spoliés du montant de la dévaluation. Interdite par le système de Bretton Woods et les statuts du Fonds Monétaire International, les dévaluations se sont pourtant succédé sans discontinuité de 1945 à 1971, et le dollar lui-même, pourtant pilier du système a été dévalue (de 35 dollars l’once d’or il est passé à 79, puis 115, puis, etc. jusqu’à ce que sa convertibilité soit supprimée).

Ce rappel historique fait comprendre ce qui se passe dans les quelques pays qui ont gardé leur souveraineté monétaire et l’exercent sans ménagement. C’est le cas du Venezuela. Ce pays, immensément riche, l’un des premiers producteurs mondiaux de pétrole, a été appauvri par le régime communiste de Hugo Chavez, qui s’est empressé de piller les compagnies étrangères en les nationalisant. Aujourd’hui que fait-il ? Il fallait jusqu’à présent 2,15 bolivars pour un dollar US, il en faudra désormais 2,60, ou 4,40 pour les importations d’objets manufacturés (automobiles, télécommunications, produits chimiques et électroniques). Ceux qui avaient des avoirs en bolivars viennent donc de perdre 60 % de leurs créances. Mais ces dispositions ne devaient pas suffire, puisque pour enrayer la hausse des prix galopante, Chavez a menacé de nationaliser les grands magasins étrangers (le groupe Casino en particulier). Vol et expropriation : saine gestion de la dette. 

La troisième façon de ne pas payer les dettes est de s’empresser de vider les coffres de la Banque Centrale avant que les créanciers se saisissent de ce qu’il y reste encore. L’Argentine est un pays coutumier du fait. Carlos Menem avait pris l’argent prêté par le FMI pour le mettre immédiatement… dans sa propre poche. L’actuelle présidente Cristina Kirchner vient de retirer les avoirs de la Banque d’Argentine pour alimenter un « fonds pour la réduction de la dette et la stabilité », c’est mieux présenté, plus élégant, que le fond des poches de Menem.

Avec beaucoup d’à propos, Jean Pierre Robin rappelle que ces scandales ont fait bien plus de bruit que la dévaluation officielle de la livre l’an dernier, avec une décote de 25%, un quart de livre perdu par livre possédée, ou que la dévaluation rampante mais effective du dollar, que la FED laisse filer. Quel dommage que les pays de l’Euroland soient ficelés par La Banque Centrale Européenne ! Toutefois les Grecs ont peut-être donné le signal de la débandade générale. Criblés de dettes, certains Etats de l’Union vont être tentés de réaliser en solo une dévaluation que la gestion de l’euro leur interdit aujourd’hui. Ils finiront donc par sortir de l’Euro, et tout l’Euroland pourra ainsi rembourser sa dette. CQFD ; n’ayez pas peur !

Le 3 Février 2010

   
 
   

 

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