OGM : LA FRANCE FAIT DE LA RÉSISTANCE


Le rapport de l’AFSSA (Agence française de sécurité des aliments) rendu public par Le Figaro il y a plus de quinze jours aurait dû entraîner une révision déchirante de la politique française sur les OGM, et mettre fin à l’interdiction qui les frappe chez nous alors qu’ils sont autorisés ailleurs. Le rapport ne concernait que le maïs MON 810, dont la culture, après avoir été tolérée, a été interdite en France. Quant aux autres OGM, ils ont toujours été interdits chez nous.

Sachant que le rapport du professeur Le Maho avait été jusqu’à présent l’alibi des prohibitionnistes et avait légitimé « l’exception française » - la France invoquant par conséquent auprès de Bruxelles  la clause de sauvegarde – les conclusions de l’AFFSA auraient pu infléchir notre politique : « l’AFSSA considère que les éléments du rapport Le Maho n’apportent aucun élément nouveau qui remettrait en cause la sécurité sanitaire des maïs portant l’événement MON 810 ». Sans entrer dans des détails techniques complexes, notons seulement que l’AFSSA a réfuté un à un chaque grief d’ordre sanitaire, concernant tant l’homme que l’animal. Le maïs OGM est pour l’AFSSA sans risque sanitaire.

Consternation du gouvernement français, Jean-Louis Borloo en tête : il devait quelques jours plus tard défendre devant la commission européenne le maintien de la clause de sauvegarde de 2008. Mais François Fillon, tout en affirmant que la France maintient pour l’instant l’interdiction, précise qu’il se conformera à la décision européenne. Situation d’autant plus délicate qu’en octobre 2008 l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) constatait que « les données fournies par la France n’ont pas apporté de preuve scientifique qui contredirait ce que l’EFSA a déjà dit à propos de ce maïs, à savoir qu’il est sain pour la santé humaine, animale et sans danger pour l’environnement ». Certes, nous n’avons pas les moyens techniques de juger, mais l’EFSA a fait plancher une vingtaine d’experts et en général ce genre d’organisme, surtout européen, a d’abord tendance à ouvrir le parapluie ; si elle s’engage en faveur des OGM, c’est qu’il y a des garanties scientifiques. Ainsi le gouvernement a-t-il l’EFSA plus l’AFSSA contre lui : pourquoi ne pas renoncer ?

Les raisons sont évidemment politiques. Il faut rester cohérent avec les décisions du Grenelle de l’environnement, ne pas déplaire aux écologistes, dont le poids comme lobby est grand, ne pas faire de peine à José Bové et autres, ne pas briser la belle unanimité en faveur de Grenelle. Il faut enlever des voix aux Verts dans les prochaines élections européennes.

Certes, la France n’est pas le seul pays à s’opposer aux OGM, l’Autriche aussi est en pointe. Mais de nombreux pays ont dix longueurs d’avance sur nous. En gros, ces cultures d’OGM sont présentes dans 25 pays au monde. Leur progression est de l’ordre de 10% par an (9,4% en 2008) ; trois pays de plus en 2008 (dont l’Egypte et le Burkina Faso) ; 1,3 million d’agriculteurs en plus en un an et près de 11 millions d’hectares en plus. Aux USA, 62,5 millions d’hectares sont concernés, 21 en Argentine, 15,8 au Brésil. En Europe, l’Espagne est en pointe avec 100 000 hectares et sept pays sont concernés. Très favorables aussi la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Slovaquie, l’Estonie et la Suède.

Réunis à nouveau par Bruxelles le 16 février, les experts ont réexaminé la question, mais n’ont pu se mettre d’accord ; aucune unanimité ne s’étant dégagée. Donc, inexorablement, le débat se déplace sur le terrain politique et, ici comme ailleurs, dans une Europe divisée la France est dans le camp des frileux. Les ministres ont trois mois pour se prononcer et la bataille risque d’être chaude. En cas de nouvel échec, c’est la Commission qui tranchera après les trois mois et cette fois contre la France, cela ne fait pas de doute.

On avance chez nous le fameux principe de précaution et certes il ne faut pas faire n’importe quoi. Mais les autres pays sont-ils suicidaires ? Et ne faut-il pas aussi tenir compte des avantages des OGM, en termes économiques, mais aussi comme solution aux problèmes agricoles, (les premiers pénalisés étant les agriculteurs), à la nourriture des animaux et au-delà à la faim dans le monde. Tout cela n’a-t-il aucune importance et devons-nous en prime prendre dix ans de retard sur les autres ? Si l’on avait appliqué le principe de précaution en 1830, Louis Philippe aurait interdit les chemins de fer, qui devaient, paraît-il, faire exploser notre estomac !

Le 4 mars 2009

 

   
 
  

 

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