![]() | ||||||||||||
|
Ce qui se joue depuis des années dans le
domaine des droits de l’homme est peut-être l’un des débats essentiels pour l’avenir
de la civilisation. Dans la grande tradition occidentale, comme on la trouve avec
le Bill of Rights (1648), l’indépendance américaine (1776) ou la Déclaration Universelle
de 1789, les droits de l’homme sont des droits fondamentaux, reflétant le droit
naturel, ce qu’on appelle en général des droits de (comme le droit de propriété)
par opposition aux droits créances, aux droits à, qui viennent contredire
les précédents. Les droits fondamentaux, conformes au droit naturel sont intangibles
et aucune majorité ne saurait les abolir : ils sont supérieurs et antérieurs
à toute loi positive. C’est pour cela que, de manière symbolique, ils sont en
général déclarés « sous le regard de Dieu », voire, dans une formule
très XVIII° siècle « en présence et sous les auspices de l’être suprême »
comme c’est le cas pour la déclaration de 89. Ils découlent d’ailleurs en gros
du Décalogue, sur lequel repose toute la tradition judéo-chrétienne. Déjà, l’Occident a mis le ver dans le fruit
en y ajoutant des droits sociaux, des droits créances (comme le droit opposable
au logement) qui ne pourraient être réalisés qu’en détruisant les droits fondamentaux,
comme le droit de propriété. C’est le cas du préambule de la constitution de 1946,
qui fait partie du bloc constitutionnel français en vigueur, ou de la déclaration
universelle des doits de l’homme, adoptée par l’ONU en 1948 sous étroite surveillance
soviétique. Mais un autre discours s’est fait jour :
ces droits fondamentaux, ce droit naturel, ce n’est que la conception occidentale,
parfaitement subjective, et des continents entiers ne sauraient les reconnaître,
car la conception des droits de l’homme varie légitimement d’un régime à l’autre,
d’une tradition à l’autre. Au fond, pour certains –pays communistes, pays islamiques-
cette conception n’est qu’un reflet de l’impérialisme occidental, qui veut imposer
ses valeurs. C’est ce débat qui vient de ressurgir une
nouvelle fois au sein de l’ONU, puisque désormais chaque pays doit, tous les quatre
ans, y défendre son bilan des droits de l’homme dans le cadre de l’EPU (Examen
Périodique Universel). C’était récemment, pour la première fois, le cas de la
Chine. On connaît son bilan en termes de respect des droits fondamentaux ou des
libertés élémentaires. Mais les Chinois, habilement, demandent que tous les pays
qui le veulent puissent participer au débat : on fera parler des pays amis,
ou des obligés, ou de bons clients, qui vont facilement noyer le poisson. C’est
ce qui s’est passé : sur 115 inscrits au débat, 60 pays sont intervenus pour
féliciter Pékin… de ses succès économiques. Seule une dizaine de pays occidentaux (il
en manque donc pas mal à l’appel !) ont osé critiquer la Chine, à propos
de la répression au Tibet, de la peine de mort ou des camps de travail. La Chine
ne s’est pas démontée, renvoyant les Occidentaux dans les cordes, en leur demandant
de lire les lois chinoises, ou en les accusant (comme dans le cas de l’Australie)
de politiser la question des droits de l’homme… Mais l’essentiel n’est pas là.
Les Chinois se défendent surtout en parlant d’une « vision différente »
des droits de l’homme. Il faudrait relativiser les droits civils et politiques,
les droits naturels, au profit des droits « économiques » et sociaux.
La Chine a donc détaillé ses résultats,
affirmant qu’elle avait atteint les objectifs du millénaire pour réduire la pauvreté,
ce qui est exact. Donc elle respecte mieux que les autres les droits sociaux.
Pour les droits de la personne, on verra plus tard, puisqu’ils sont secondaires
par rapport aux droits économiques et sociaux. Tant pis pour les libertés fondamentales,
tant pis pour les libertés de la presse, de réunion, d’expression, de religion,
pour l’indépendance de la justice ou pour les droits de propriété, sans doute
des « libertés formelles ». Cela doit s’effacer devant le système « des
secrets d’Etat » qui invalide arbitrairement toutes les lois protectrices. Le régime sait bien qu’accepter une « conception
bourgeoise des droits de l’homme » reviendrait à détruire l’omnipotence du
parti communiste. D’où la nécessité de cette « vision différente » des
droits de l’homme, pour inciter chacun à regarder ailleurs. C’est grave. Mais
qui a fait la première erreur ? L’Occident, quand il a introduit de faux
droits parmi les droits de l’homme. La Chine ne fait qu’aller au bout de cette
logique perverse. Le 4 mars 2009
| ||||||||||||