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La folie étatique dont souffre la classe
politique se propage dans tous les domaines. Voici l’Etat investi par Madame Christine
Albanel, ministre de la culture, de la mission de susciter, guider et subventionner
la création artistique. Dans un entretien au journal Le Monde, elle affirme :
« l’Etat doit rester le garant de l’épanouissement de la création ».
Ce principe nous avait valu les beautés de l’art officiel à l’époque des démocraties
populaires ou de l’Allemagne nazie. Madame le ministre a mis en place un « conseil
pour la création artistique », type même « des structures légères qui
peuvent être des boîtes à idées complémentaires de l’action du ministère ».
Chacun sait en effet qu’un écrivain, ou un peintre, ou un musicien, ou un sculpteur,
a besoin d’un conseil étatique pour exprimer sa créativité. Il a également besoin
sans doute de quelque subside du mécène élyséen : « Dans son discours
de Nîmes, le 13 janvier, Nicolas Sarkozy s’est engagé comme jamais, notamment
financièrement ». Donc, il n’y a pas de vraie culture sans de vrais impôts. Mais qu’on se rassure : tout cela se
fait dans la concertation entre l’Etat, les collectivités locales, les employeurs,
les salariés… Madame Albanel a même réussi à réunir les responsables du théâtre
privé et du théâtre public. Elle a défini les tâches de chacun : « Les
scènes nationales font trop de création, alors que la diffusion est au cœur de
leur mission. Les centres dramatiques nationaux doivent davantage coproduire des
projets de compagnies indépendantes. Il y a, enfin, trop d’offres dans certaines
régions et pas assez dans d’autres ». La culture est dirigée ou elle n’est
pas. Qu’il n’y ait aucun doute :« Je rappelle que c’est le ministère
qui, de façon générale, crée les conditions de l’épanouissement de la vie culturelle ». Faut-il être « ultralibéral » pour
dénoncer cette étatisation générale, y compris de la culture ? En 1890, Monseigneur
Freppel, député de Brest et évêque d’Angers, président de la société catholique
d’économie politique et sociale, bien connu pour ses idées monarchistes et qui
ne passait pas pour « ultralibéral », défenseur du « catholicisme
social » (« l’école d’Angers ») déclarait à la chambre : « Le
second reproche que je me permets d’adresser au budget français, c’est qu’il exagère,
je devrais dire qu’il altère et même qu’il fausse la notion de l’Etat, en étendant
outre mesure son rôle et sa fonction : de là, au point de vue financier,
des conséquences que j’ose appeler désastreuses. C’est une vérité de sens commun
qu’en matière civile et commerciale (…) l’Etat ne doit entreprendre que ce que
les particuliers et les associations naturelles ou libres ne peuvent pas faire
par leur propres forces ». « L’Etat banquier, l’Etat professeur, l’Etat maître d’école, l’Etat commerçant, l’Etat industriel, l’Etat manufacturier, l’Etat comédien ou tragédien, l’Etat assureur, l’Etat imprimeur, car il l’est à l’heure présente, rien de tout cela n’est dans la nature des choses, rien de tout cela ne correspond à une idée saine et correcte ». Que dirait-il aujourd’hui où le poids de l’Etat a été multiplié par dix ! Près de 120 ans plus tard, ce discours n’a pas pris une ride. Quel député osera le reprendre à l’Assemblée en 2009 ? Le 23 février 2009
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