JEUX POLITICIENS


Il y a longtemps que la classe politique nous désole. Son attitude face à la crise, son étatisme, son amour des jeux politiciens font que nous ne nous intéressons guère au « microcosme » politique. Nous cherchons à défendre et promouvoir la société civile, la liberté et la responsabilité. Nos colonnes ne sont pas encombrées par le récit du feuilleton politique. Il est cependant parfois utile de savoir ce qui se dit dans cette sphère, pour voir combien elle est déconnectée de la réalité. Quelques exemples pris au cours de ces quinze derniers jours.

La classe politique prépare en même temps les européennes (juin 2009) et les régionales (2010) : on n’a pas trop de deux élections pour se répartir les places. Dans la région Centre, une primaire en vue de la tête de liste aux régionales va opposer Hervé Novelli, secrétaire d’Etat aux PME, et Serge Lepeltier, ancien ministre de l’écologie. Nos lecteurs connaissent Hervé Novelli qui a dirigé avec courage le groupe des réformateurs à l’Assemblée et qui est sans doute l’un des hommes politiques les plus libéraux, même si ses amis le trouvent un peu trop prudent depuis qu’il est ministre.

Comment Serge Lepeltier aborde-t-il la primaire contre Hervé Novelli ? Est-ce par une discussion de fond ? Il accuse Novelli de « fuir le débat » de peur que soient mises en avant « ses thèses personnelles ultralibérales ». Autre argument très subtil : si Novelli est choisi Peltier ajoute que ses adversaires distribueront « des tracts qui mettront en avant la responsabilité des thèses libérales dans la crise actuelle ». Voilà qui fait porter le débat sur le contenu des réformes ! On croirait un discours de Besancenot. Le libéralisme, voilà l’ennemi. Monsieur Lepeltier propose plutôt une alliance avec le Modem.

A propos du Modem, le discours de François Bayrou en dit long sur sa dérive. « Avec Nicolas Sarkozy, c’est l’adhésion de la France au modèle américain, au néolibéralisme, qui n’a de néo que le nom, car c’est la plus vieille idéologie du monde : la domination de l’homme par l’homme, l’accumulation des privilèges pour les uns et, pour les autres, du pain et des jeux ou des médias et des histoires de people ». Ce modèle de société « lui répugne ». « Ceci n’est pas le modèle français, nous voulons un autre monde ». Non seulement il reprend le slogan des altermondialistes, mais son couplet sur la domination de l’homme par l’homme rappelle un peu trop « l’exploitation de l’homme par l’homme » chère à Marx.

Pour faire bonne mesure, alors que les centristes avaient une politique étrangère plutôt pro-atlantiste, plus que les gaullistes, le voilà qui dénonce le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN et « l’atlantisme » de Sarkozy. Et de demander que le choix fait par de Gaulle en 1966 « ne soit pas bradé, pas jeté aux orties ». « En nous alignant, nous abandonnons un élément de notre identité dans le concert des nations européennes : une défaite pour le France et une défaite pour l’Europe ».

Ces déclarations vont réjouir l’autre vedette du moment, Olivier Besancenot et son NPA (Nouveau parti anticapitaliste) : lui, au moins, annonce la couleur. Il tétanise le parti socialiste, qui se croit obligé de le singer, et il contamine les autres, du Modem à l’UMP. Il a appelé à un « nouveau mai 68 » : c’est la loi de la rue contre celle des urnes. Ses propositions sont très réalistes, SMIC net à 1500 euros (ce qui fera quelques millions de chômeurs en plus), interdiction des licenciements (ce qui va multiplier faillites et délocalisations), augmentation des salaires et pensions de 300 euros nets (sans doute pour améliorer la compétitivité de nos entreprises), le tout financé par une « ponction sur les 100 milliards d’euros de bénéfices annuels des entreprises du CAC 40 » (là il copie Sarkozy et son partage des profits), « l’appropriation des grands moyens de production par l’Etat ou les collectivités locales » (pourquoi hésiter, puisque la droite propose de nationaliser), « un monopole public sur les besoins fondamentaux comme l’énergie, l’eau, les transports, l’école, la santé, la poste » (il a oublié les boulangeries), de quoi nous faire exclure de l’union européenne. Nous avons oublié le « service public du crédit, placé sous le contrôle des usagers et des salariés » (organisés en conseils, ce qui se dit en russe soviet). Voilà le programme de celui après qui courent tous les médias et toute la classe politique : dans la chorale politicienne, c’est lui qui donne le ton.

Le 23 février 2009

 

   
 

 

Imprimer cette page