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Nicolas Sarkozy se croit toujours président
de l’Union européenne et continue sa guéguerre contre la République Tchèque, qui
a eu le culot de lui succéder. Paris trouve le premier ministre tchèque trop frileux
dans la relance européenne. La meilleure défense est l’attaque. La France doit
se défendre contre les condamnations de Bruxelles pour son énorme déficit budgétaire.
Va-t-elle constituer le cartel des mauvais élèves de la classe européenne, aux
côtés de la Grèce, de l’Espagne, de Malte, de l’Irlande ? Donc il vaut mieux
accuser les Tchèques d’être trop rigides et prudents. La méthode est de les exclure
de la vie de l’Union : Nicolas Sarkozy veut pouvoir décider entre amis, sans
la présence des Tchèques et d’autres pays de l’Est, mais aussi de l’Angleterre :
tous ces gens sont trop libéraux. Le Président français a donc proposé de
réunir un sommet, non de l’Union européenne à 27, mais de la zone euro à 16 membres :
dehors les Tchèques et autres empêcheurs d’étatiser en rond. Malheureusement,
cela nécessitait l’appui de l’Allemagne et Angela Merkel a fait comprendre que
c’était hors de question : elle ne veut pas diviser l’Europe. Elle a donc
persuadé le Président français qu’il valait mieux se réunir à 27 et les deux dirigeants
ont écrit une lettre aux Tchèques leur demandant de convoquer un sommet européen. Mais les Tchèques, voulant déjouer la manœuvre
française de réunion de la seule zone euro, avaient entre temps envisagé eux aussi
une réunion à 27, dont la convocation leur revient de droit, puisqu’ils président
l’Union. Le premier ministre tchèque leur a donc brûlé la politesse, avant que
Paris et Berlin n’aient eu le temps de
confirmer le texte de leur lettre. Les Tchèques ont également déclaré publiquement
qu’ils n’avaient pas du tout apprécié la sortie de Nicolas Sarkozy contre leur
pays, à propos de la construction automobile. « Si on donne de l’argent aux
industries automobiles pour se restructurer, ce n’est pas pour apprendre qu’une
nouvelle usine va partir en Tchéquie ou ailleurs », avait dit notre Président.
Le premier ministre tchèque Topolanek s’est fendu d’un communiqué affirmant qu’il
ne comprenait pas l’argument selon lequel il serait « injustifiable
de fabriquer des voitures pour le marché français en République Tchèque ».
« Les tentatives de mettre à profit la crise financière pour introduire de
telles formes de protectionnisme peuvent ralentir et menacer la reprise économique
en Europe ». Le premier ministre tchèque est allé plus loin peu après :
« Ce que dit Nicolas Sarkozy est invraisemblable. Quiconque souhaiterait
sérieusement menacer la ratification du traité de Lisbonne n’aurait pas pu trouver
meilleur moyen et meilleur moment ». Si la République Tchèque finit par ne
pas ratifier le traité, ce sera la faute de Nicolas Sarkozy. Il ne faut jamais
vexer un partenaire, surtout s’il est en position de force ; or notre Président
a été très condescendant avec la présidence tchèque, déclarant : « Ils
font ce qu’ils peuvent ». Par la suite, Prague a dénoncé les pays
qui enfreignent la règle communautaire. En effet, le pacte de stabilité, appliqué
rigoureusement à ceux qui veulent à terme entrer dans la zone euro, est assez
contraignant (par exemple pour les déficits publics). Or les donneurs de leçons,
France en tête, qui ont empêché certains pays d’entrer dans l’euro, en raison
de leurs déficits, se sont allégrement débarrassés des contraintes communautaires
pour pratiquer des relances massives, doublant le déficit autorisé. « La
réponse des pays de la zone euro à la crise financière et économique a déformé
le projet commun de l’euro plus que tout autre événement imaginable » a déclaré
le premier ministre tchèque : autrement dit, les vrais européens, ceux qui
respectent les traités, ce sont les Tchèques et leurs amis de l’Est ; les
mauvais, ce sont les autres, Paris en tête. Les pays de la zone euro « ont
enfreint les règles communes, alors que l’ensemble du processus repose sur l’adhésion
à ces règles communes ». Comment le match entre Paris et Prague va-t-il
se poursuivre ? On ne doit pas oublier que les Allemands ont une approche
plus large fondée sur le droit et le marché unique. En refusant de céder à Sarkozy,
en s’appuyant sur les pays hors zone euro, Tchèques en tête, pour imposer une
réunion à 27, en évoquant le marché unique, Angela Merkel a montré son habileté.
C’est elle qui a arbitré et finalement gagné le match. Carton jaune à Nicolas
Sarkozy. Le 23 février 2009
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