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Après la proposition Sarkozy de partage
des profits (« les trois tiers »), dénoncée par Jacques Garello dans
un article du Figaro du 9 février, dont la version complète est reproduite sur
www.libres.org, voilà que la classe politique
s’attaque aux écarts de salaires. C’est
déjà, ici ou là, dans l’air du temps. Obama n’a-t-il pas proposé un plafonnement
des rémunérations des dirigeants d’entreprise : le salaire sera plafonné
à 500 000 dollars par an pour les dirigeants dont les sociétés reçoivent
de l’argent public. En France, Xavier Bertrand, secrétaire général
de l’UMP, proche du président de la République, est passé à son tour allégrement
de la question du partage des profits à celle des écarts de salaires. Partant
de la « crise éthique du capitalisme » et du « capitalisme de spéculateurs »,
il est passé à la « meilleure répartition des profits »
avant de déclarer : « Je vais plus loin : au moment où l’on parle
des questions de rémunérations, il faut aussi regarder les écarts de salaires
dans les entreprises. Ces écarts sont parfois complètement extravagants. C’est
un sujet que je mets sur la table aujourd’hui pour la première fois. Pas d’augmentation
de salaires pour quelques uns s’il y n’y a pas d’augmentation pour l’ensemble
des salariés ». Dès le lendemain, tout cela étant concerté
et destiné à préparer le terrain des négociations avec les partenaires sociaux,
Martin Hirsch, autre poisson pilote du président, passait aux travaux pratiques
dans un entretien aux Echos. « L’UMP est réceptive à la question du rééquilibrage
des salaires et c’est tant mieux. J’ai évoqué cette question avec Xavier Bertrand.
Avec l’idée suivante : les allégements de charges, c’est fait pour soutenir
la compétitivité et l’emploi peu qualifié. (…) Pourquoi, en période de crise,
ne pas rajouter une condition de réduction de l’écart entre 10% des rémunérations
les plus importantes et les 10% les plus faibles ? Vous voyez, l’idée peut
faire vite son chemin ». Passons sur les lieux communs : un
allégement de charge (comme d’impôt) n’est pas un « cadeau » fait aux
uns ou aux autres, puisqu’il s’agit de laisser (ici aux entreprises) une part
un peu plus grande de ce qu’elles ont légitimement gagné. Un allégement ne fait
que rendre un peu de ce qu’on avait pris par les prélèvements obligatoires. Mais
l’essentiel n’est pas là. Dans une économie de marché, les prix sont l’élément
central de la coordination des décisions : la variation des prix indique
les raretés, incite à réagir, favorise les adaptations nécessaires, empêche les
raretés de se manifester au niveau des quantités ; il n’y a pas d’économie
de marché qui puisse fonctionner sans prix libres, puisque c’est le régulateur.
Les prix, ce sont les prix des produits,
les prix des capitaux (ou intérêt), les prix du travail (ou salaires). Toute intervention
sur les salaires, comme sur n’importe quel prix, empêche le marché de fonctionner ;
ce faux prix entraine un déséquilibre quantitatif (un chômage, une fuite des cerveaux,
etc.). C’est vrai pour le salaire minimum, dont on connaît les effets pervers,
mais le sujet est tabou en France ; c’est vrai pour tous les salaires. Plafonner
les salaires, réduire autoritairement les écarts, cela revient à faire fixer les
salaires par l’Etat. Cela conduit à relever artificiellement les bas salaires
(provoquant le chômage des moins productifs), donc à réduire l’incitation à progresser,
puisque cela ne servira à rien, et à baisser tout aussi artificiellement les hauts
salaires (qui iront voir ailleurs, dans une économie mondialisée : on se
privera des meilleurs cadres ou dirigeants). Pour ceux qui ont déjà un contrat
de travail, cela revient à remettre en cause le contrat signé ce qui est le contraire
d’un état de droit. On peut trouver certains écarts choquants.
La seule façon de savoir s’ils sont justifiés, c’est la concurrence sur le marché
du travail, la libre négociation des salaires, la liberté d’embaucher ou non,
puisque, ici comme ailleurs, le juste prix (en l’occurrence le juste salaire),
c’est le prix de marché quand celui-ci est libre, ouvert, informé, concurrentiel.
En revanche, le salaire fixé par l’Etat est toujours injuste, puisqu’il est par
définition arbitraire. Qui jugera qu’un écart est excessif ? M. Hirsch ?
M. Bertrand ? Dans l’école de Salamanque, on croyait que seul Dieu pouvait
calculer le juste prix (voilà pourquoi l’estimation commune de tous sur le libre
marché en était l’approche la plus fiable). Nos hommes politiques se prennent-ils
pour le bon Dieu ? Le 23 février 2009
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