CORÉE DU NORD : GESTICULATION OU PROVOCATION ?
Depuis l’élection de Barack Obama, l’attention
s’est manifestement portée du côté du Proche et du Moyen-Orient : Israël,
Palestine, Irak, Iran et, au-delà, Afghanistan. Mais il est possible que le nouveau
président américain soit amené à se tourner vers un autre foyer de tension, les
relations entre les deux Corée.
Il est certain que la situation économique,
sociale, humanitaire de la Corée du Nord est dégradée à un point que l’on
n’imagine pas : à la privation totale des libertés les plus élémentaires
s’ajoute la privation des produits de base, à commencer par la nourriture. Cela
n’est guère surprenant, quand on sait que la Corée
du Nord est classée dernière du monde entier pour l’indice des libertés économiques,
avec la note de 2 sur 100 : difficile de faire plus mal. Il est donc essentiel
pour le régime de mobiliser la population sur un autre front, pour la détourner
des problèmes quotidiens et faire diversion. Et tout naturellement, la Corée communiste a fait ce qu’elle sait le mieux faire
: de la provocation militaire.
Pour attirer l’attention des Américains,
qui regardaient plutôt la question de leurs relations avec l’Iran, le régime de
Pyongyang a décidé de suspendre tous les accords qui avaient été passés avec la Corée
du Sud pour éviter les trop fortes tensions militaires entre les deux Etats. Le Figaro parle d’un « coup de sang à évidente
finalité médiatique, mais qui accroît les risques de dérapage sur la frontière ».
Le communiqué officiel nord-coréen indique que « tous les accords destinés
à mettre fin à la confrontation politique et militaire entre le Nord et le Sud
seront annulés ». Cela inclut le pacte de non-agression et même de réconciliation
signé en 1991.
C’est ainsi que la Corée
du Nord ne respectera plus la délimitation de la frontière maritime entre les
deux pays, alors que cette région de la mer Jaune a déjà été le théâtre d’incidents
meurtriers. Pire encore, le communiqué officiel cité par l’agence de presse nord-coréenne
KCNA, précise : « La confrontation entre le Nord et le Sud a atteint
de tels extrêmes que les relations intercoréennes sont au seuil d’une guerre ».
Beaucoup d’experts ont peur que tous ces
discours préparent une « provocation » sur le terrain, façon de « mettre
la pression » sur le Sud et sur les Etats-Unis. La Corée du
sud a dû renforcer sa vigilance militaire et a déclaré qu’elle répondrait de manière
résolue à toute violation maritime. Il s’agit probablement, outre la fuite en
avant pour calmer la population, de la part du Nord de faire monter les prix dans
ses relations avec les USA, qui voudraient d’une zone dénucléarisée en Corée.
Le Nord a précisé qu’il pourrait conserver une capacité nucléaire, même en cas
de normalisation avec les Etats-Unis, et ils ont prévenu un expert américain en
visite au Nord qu’ils avaient « militarisé » 30,8 kilos de plutonium,
soit de quoi faire 4 ou 5 bombes atomiques : ces « révélations »
ne sont pas innocentes.
Déjà, Barack Obama et le premier ministre
japonais ont décidé de « coopérer étroitement » sur ce dossier délicat,
dans lequel les Japonais sont évidemment impliqués.
Le 18 février 2009 |