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On a connu le jeu des mille francs, puis
celui des mille euros ; voici celui, beaucoup plus richement doté, des mille
projets. Les modalités viennent d’en être détaillées par François Fillon. Il s'agit
de "sauver l'économie française". Les gens de Milton Friedman avait dénoncé l'insanité
des politiques "conjoncturelles" avec sa théorie des "délais"
(lags) : un gouvernement qui veut réagir à une conjoncture quelconque (en général
une récession) mettra un tel temps à décider, mettre en œuvre une nouvelle politique,
et celle-ci mettra un tel temps à produire ses effets, qu'il y a toutes chances
pour que les mesures prises se fassent sentir plusieurs mois plus tard… au moment
où la conjoncture se sera renversée ! Le calendrier du gouvernement Fillon illustre
parfaitement le phénomène. Le ralentissement de la conjoncture existe depuis plusieurs
trimestres. Il a fallu des mois pour que le gouvernement en prenne conscience
et réagisse (délai de perception). Ensuite, le plan a été annoncé par Nicolas
Sarkozy le 4 décembre. Il a fallu le faire voter, après discussion, par le parlement.
L’Assemblée nationale s’est prononcée le 13 janvier. Il faut ensuite détailler
le projet, le parlement ne votant que les grandes masses : le détail a été
annoncé le 2 février : deux mois de « délai de décision ». Ce n’est
pas fini. Il y a ensuite le délai de mise en œuvre : ce n’est pas parce que
M. Fillon a annoncé tel investissement public qu’il sera construit demain. On
connaît le poids des procédures, lorsqu’entrent en jeu des problèmes de terrains,
d’expropriation, de passation des marchés, etc. Ce sera fait en 2009 ou 2010 affirme
le gouvernement : nous demandons à voir. Enfin, il y a le délai d’influence
sur l’activité. Encore plusieurs mois ou trimestres. Entre temps les effets négatifs
(le « ce qui ne se voit pas » de Bastiat) auront joué, les impôts ou
les emprunts auront détruit autant d’activité dans le secteur privé. Le détail des mesures mérite aussi le détour.
11,3 milliards, baptisés « aide aux entreprises ». Il s'agit en fait
d'un simple acompte de 20% sur les marchés publics. Il y a aussi la mensualisation
du remboursement de TVA, l'accélération des crédits d’impôts. Mais il n'y a aucune
baisse d’impôts, si l'on excepte la taxe professionnelle dont la suppression (et
le remplacement) sont laissés dans le flou artistique. Ajoutons encore quelque
4 milliards de bricolage : des prêts à taux zéro, prime à la casse, anticipation
sur le RSA : au total, rien. Restent cependant 10,5 milliards d’investissements
de l’Etat : le noyau dur. Trois groupes : 2,5 milliards d’avance au soutien
d’investissement des collectivités locales. Une avance, ce n’est encore qu’une
anticipation. 4 milliards d’augmentation d’investissements des entreprises publiques.
C’est donc l’Etat, donc l’emprunt, puis l’impôt, qui finance les investissements
des entreprises nationalisées ; qu’en pense Bruxelles ? Enfin 4 milliards
d’investissements de l’Etat « pour projets gelés ». Les voilà donc simplement
décongelés : ils sortent du freezer. C’est là que le gouvernement s’est creusé
la tête pour détailler les mille projets en question. Non seulement c’est du réchauffé,
mais encore du saupoudrage. La liste dépasse l’imagination d’un Prévert. Citons
: la restructuration de l’institut de chimie de Strasbourg, les travaux du palais
de justice d’Auxerre, l’adaptation des bâtiments pour hélicoptères à Hyères, la
restauration de la nef de la cathédrale Notre-Dame de Paris, la sécurisation du
tunnel du Fréjus, le musée des civilisations à Marseille (annoncé en 2004), un
morceau du contournement routier de Marseille (engagé en 1970 !) , un restaurant
universitaire près de Le 18 février 2009
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