ÉDUCATION : LE NIVEAU MONTE


Depuis des années, chacun se désole de la baisse du niveau général d’éducation. Les universitaires constatent que l’on peut avoir le bac, et donc accéder à l’enseignement supérieur, sans savoir écrire dix lignes, sans connaître le vocabulaire de base et en ignorant l’orthographe. De plus en plus d’étudiants quittent l’université au bout de deux ou trois ans sans avoir pu réussir le moindre examen et nombreux sont ceux qui ne sont même pas capables de lire et de comprendre un texte élémentaire. Et ce n’est pas en supprimant la culture générale à Sciences Po ou dans les concours administratifs qu’on résoudra le problème.

Chacun renvoie la balle sur le cycle précédent : les universitaires mettent en cause le lycée ; les professeurs de lycée, le collège, et ainsi de suite. Beaucoup cependant nient cette baisse de niveau ou se contentent de dénoncer, suivant le slogan habituel, le manque de moyens du service public. Le diagnostic est pourtant bien clair, si l'on en croit l’enquête récemment réalisée et publiée par le Ministère de l’Éducation Nationale. Cette enquête permet de faire la comparaison entre 1987 et 2007, de rapports établis par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère (un titre qui est en soi tout un programme…).

Pour une fois, l'enquête a le mérite de la simplicité et de l’objectivité, puisque elle consiste à soumettre des élèves de CM2 en 2007 aux mêmes épreuves que celles données en 1987 aux CM2 de l’époque. Les questions sont simples, puisque l’enquête s’appelle « lire, écrire, compter ». Résultat officiel : « On constate sur vingt ans une baisse significative des performances des élèves dans les trois compétences qui font l’objet de cette enquête ». Il y a seulement quelques questions de calculs qui n’ont pas été reprises, car elles sont devenues hors programme, ce qui est déjà en soi un problème.

Dans le domaine de la lecture, alors que les résultats étaient stables entre 1987 et 1997, on constate une baisse sensible au cours des dix années suivantes. « Deux fois plus d’élèves (21%) se situent en 2007 au niveau de compétence des 10% d’élèves les plus faibles de 1987 ». En calcul, la baisse était importante au cours des douze premières années, avant que le niveau ne se stabilise pour les huit années suivantes, mais stabilisation au point le plus faible bien sûr (sans compter les choses qui ne sont plus enseignées).

L’orthographe mérite une attention particulière.  La même dictée a été proposée en 1987 et en 2007, à partir d’un texte de dix lignes, comportant seulement 85 mots ou signes de ponctuation. « Le nombre d’erreurs (nombre de mots mal orthographiés ou de ponctuations erronées) a augmenté en moyenne de 10,7 en 1987 à 14,7 en 2007. Le pourcentage d’élèves qui faisaient plus de quinze erreurs était de 26% en 1987, il est aujourd’hui de 46%. Ce sont principalement des erreurs grammaticales qui ont augmenté de sept en moyenne en 1987 à onze en 2007 ». Une moyenne de près de 15 fautes sur 85 mots ou signes de ponctuation, c’est tout de même assez impressionnant. Difficile de dire que le niveau monte ou reste stable, comme le font certains.

Et bien sûr tout s’enchaîne ensuite ; on sait que de nombreux élèves arrivent en 6ème sans savoir lire ni écrire correctement et les résultats après le bac d’étudiants ayant ce diplôme en poche sont parfois plus que déroutants : confusion des termes (un mot est pris pour un autre), confusion sur le sens d’une question, parfois on est proche de la confusion mentale et d’une inculture époustouflante en géographie, en histoire, en littérature, sans parler de l’économie que beaucoup sont pourtant censés avoir étudiée au lycée.

On ne pourra plus dire après cette enquête que ce sont des fantasmes. Il y a pour le moins à s’interroger sur notre service public de l’éducation, premier budget de l’Etat et de loin, qui donne de tels résultats. Cela n’est guère surprenant, s’agissant d’un système de quasi-monopole, et les seuls espaces de liberté (enseignement libre) donnent des résultats très supérieurs. Tant que l’on n’aura pas admis que le système doit reposer sur la concurrence et sur une forte autonomie des établissements, l’inefficacité du monopole public ne fera que s’accentuer, et avec elle l'ignorance, l'incompétence et la violence.

Le 18 février 2009

 

   
 
  

 

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