MEDECINS : ON MONTRE DU DOIGT LES « PROFITEURS »


La semaine dernière, nous avons parlé d’un nouvel épisode du feuilleton médical, à propos de la liberté d’installation des médecins et des pénalités envisagées contre ceux qui ne s’installeraient pas au bon endroit. Cette semaine, c’est un rapport de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) commandé par le ministère de la santé, qui est publié opportunément pour monter du doigt les méchants médecins hospitaliers. Les Echos en ont révélé les grandes lignes en avant-première, sous des titres qui en disent long : « Une enquête de l’IGAS dénonce les aberrations et le manque de transparence qui règne sur les rémunérations des praticiens, dont les inégalités paraissent parfois non justifiées ». Autre titre : « Inégalités, absence de contrôle, opacité : l’IGAS dresse un état des lieux sans concession ».

Voilà donc les médecins une nouvelle fois montrés du doigt comme de vulgaires profiteurs. Est-ce innocent au moment où le projet de loi sur la réforme du système de santé arrive devant le parlement ?  Est-ce innocent, au moment où par ailleurs les négociations échouent entre médecins libéraux et assurance-maladie sur la régulation des honoraires et la taxe pour « mieux répartir les médecins » sur le territoire ?

Le but du rapport est de monter qu’il faudrait réformer en profondeur le mode de rémunération des médecins, à commencer par ceux des établissements publics. Et d’insister sur le fait que les écarts de rémunération vont de un à cinq dans un centre hospitalier général et de un à dix dans un CHU. De plus, dit-on, les plus revendicatifs (anesthésistes, urgentistes) sont les mieux payés. « Sans que cela paraisse vraiment justifié ». Mais qu’est-ce qui justifie un écart de rémunération ? Qui peut dire s’il est justifié ? Un enquêteur ? L’Etat ? La CNAM ? L’IGAS sait-elle déterminer le juste prix ?

Les écarts ont des explications, depuis les gardes et astreintes jusqu’aux dépassements d’honoraires (pour ceux qui exercent une activité libérale à l’hôpital, soit environ 10% de l’ensemble) en passant par les activités annexes. Sans doute faut-il améliorer la « justice » du système, mais cela ne peut se faire que par plus de liberté donnée aux médecins, plus de transparence, plus de concurrence. Imaginer que cela marchera mieux en multipliant les réglementations et les contrôles est illusoire et ne fera pas disparaitre « les dérives ».

Autre secteur critiqué, les cliniques privées où là les médecins exercent à 90% en libéral. Et de dénoncer les inégalités mettant en tête les spécialités avec un acte technique important comme la radiologie. Bref « une échelle de revenus totalement déconnectée des grands objectifs assignés au système de santé ». Par qui ? Si c‘est par l’Etat, ce n’est pas grave, car il se trompe toujours. Ce qui compte, c’est la satisfaction des patients, pas celle de la Sécu.

L’IGAS en déduit qu’il faut une refonte totale de la tarification. « Réguler les dépassements d’honoraires », « contrôler les activités libérales à l’hôpital public via des chartes de déontologie ». On parle alors de « développer des rémunérations combinant  plusieurs modalités (paiement à l’acte, forfait et capitation) ». « Elaborer pour chaque praticien un programme annuel  d’activité avec des objectifs et une part variable de rémunération en fonction de l’atteinte des objectifs ». « Encadrer davantage les rémunérations de permanence des soins ».

Bien entendu, tout n’est pas parfait, en particulier pour les médecins hospitaliers. Mais les montrer du doigt, chercher à les diviser, proposer comme solution des contrôles accrus et une étatisation plus forte de la santé, moins de liberté et de responsabilité, moins de concurrence, plus de régulation, c’est, à nos yeux, partir dans une fausse direction. En ville, en clinique ou à l’hôpital, les médecins ont d’abord besoin de liberté, pour exercer leurs lourdes responsabilités. Pas d’inspecteurs venant leur donner des leçons.

Le 13 février 2009

 

   
 
  

 

Imprimer cette page