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| BASTIAT L’AVAIT RÊVE, LA TEMPÊTE L’A FAIT… Natif des Landes,
département durement touché par la tempête récente, le grand économiste français
Frédéric BASTIAT avait expliqué les bienfaits économiques des catastrophes dans
un pamphlet intitulé : « La vitre brisée ». Il fait aujourd’hui
des émules. On sait que la tempête du Sud Ouest a provoqué de nombreux drames humains et causé d’importants dégâts matériels,
que l’on ne peut que déplorer. Hélas, elle a entraîné aussi de graves dégâts intellectuels.
Nous n’insisterons pas sur le discours de ceux qui ont expliqué que deux tempêtes
en quelques années, c’était bien la preuve absolue de la dégradation écologique
et en particulier du réchauffement de la planète. Plus intéressante est l’interrogation sur
les effets économiques de la tempête. Les dégâts directs ont été évalués à 600
millions d’euros. A priori, c’est une perte sèche pour ceux qui vont payer :
les assureurs (c'est-à-dire nous en dernier ressort), l’Etat et les collectivités
publiques (toujours nous, comme contribuables) et les ménages eux-mêmes. Mais
certains s’interrogent, comme ils l’avaient déjà fait pour la tempête précédente
ou à l’occasion des attentats du 11 septembre, sur l’impact de cet événement sur
l’activité économique. Un article du Figaro-Economie, que l’on
avait connu plus perspicace, illustre cette idée. Le titre en dit déjà long :
« La tempête pourrait redonner des couleurs au secteur du bâtiment ».
Le texte est encore meilleur : « Un rien cynique, l’adage des économistes,
« rien de mieux qu’une bonne guerre pour relancer l’activité », vaut-il
aussi pour une tempête ? En d’autres termes, les événements du week-end dernier
dans le Sud-ouest auront-ils un impact sur la croissance ? De fait, une catastrophe
naturelle a souvent un impact positif sur l’activité des régions concernées. Car
il va falloir injecter dans l’économie beaucoup d’argent pour remédier aux dégâts
occasionnés -électricité, télécommunications, infrastructures, forêts, équipements
publics… Le bâtiment fera partie des principaux bénéficiaires des dépenses imprévues.
Lors de la dernière tempête de 1999, les professionnels du secteur avaient évalué
le supplément d’activité à environ 1%, entraînant la création de 5000 à 6000 emplois
supplémentaires en 2000 ». Et Le Figaro de conclure que « l’effet macroéconomique
devrait être faiblement positif ». Il y a plus de 150 ans, Frédéric Bastiat,
dans ses « Sophismes », avait écrit des pages magnifiques et définitives
pour tordre le cou à de telles sornettes : il avait pris l’exemple des travaux
publics, de l’impôt et de bien d’autres, à commencer par la vitre cassée, qui
se rapproche le plus de notre histoire de tempête. Quelques gamins brisent des
vitres dans une rue ; commentaire de certains : « c’est bon pour
l’économie », puisque cela va donner du travail aux vitriers. C’est exactement
ce que raconte Le Figaro. Oui, mais Bastiat explique que cet argent
doit être pris quelque part. Si c’est le ménage qui paie, il va devoir réduire
ses dépenses dans d’autres domaines, et le supplément de production dans le domaine
des vitres sera compensé par une réduction de ses achats de chaussures ou de restaurant
et donc un recul de l’activité dans d’autres secteurs. Le bilan global en termes
de croissance est donc nul, et en termes de satisfaction, rien de plus dans le
domaine des vitres (l’une a remplacé l’autre) et un moins dans les achats auxquels
on a dû renoncer. Et l’analyse implacable de Bastiat est la même si le financement
vient de l’Etat, donc de l’impôt, puisque le supplément d’activité permis par
les dépenses publiques est compensé par la perte de l’activité privée
de ceux qui, payant plus d’impôts, dépenseront moins. Le bilan est nul
et même négatif compte tenu des pertes en route de toute opération de recettes
et dépenses publiques. En réalité, l’idée qu’il y a derrière cette
croyance qu’une destruction ou une guerre soit bonne pour l’économie est de même
nature que l’idée keynésienne qui pense que prendre en impôts (ou en emprunts)
pour que l’Etat dépense plus va relancer l’économie. Tout cela est absurde et
Bastiat a, avec presque un siècle d’avance, tué dans l’œuf toute l’analyse keynésienne
qui apparaîtra vers 1936. S’il revenait aujourd’hui, il ne parlerait plus de la
vitre cassée, mais de l’arbre arraché ; on pourrait écrire la même chose
pour les voitures que certains jeunes de banlieue s’emploient à brûler :
est-ce que cela relance l’économie ? Et Bastiat écrirait alors « La
voiture brûlée ».
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