LE FEUILLETON MÉDICAL : SUITE


Les choses s’enveniment entre les pouvoirs publics et les médecins. Nos confrères de la presse quotidienne sont de plus en plus pessimistes : « Médecins libéraux : la négociation sur les tarifs proche de l’échec » pour Les Echos. « Projet. Certains praticiens libéraux pourraient faire l’objet de sanctions financières » et encore « Déserts médicaux : la droite prend le risque d’un divorce avec les médecins » pour Le Monde, qui, pour une fois, voit très juste dans ce domaine. En général, le débat entre syndicats médicaux et assurance maladie porte sur la revalorisation des honoraires, accordée au compte-goutte par la CNAM. Nous en avons souvent discuté ici et notre analyse n’a pas changé : en acceptant le principe d’honoraires fixés par la Sécu, les médecins se sont mis dans les mains du pouvoir et de son arbitraire, alors que la seule piste libérale était de développer le secteur 2 à honoraires libres.

Mais c’est ici un autre débat qui vient se greffer sur celui des honoraires, et un autre piège pour les médecins : la question des « déserts médicaux ».

A l’origine, il y a eu sans aucun doute une erreur de nos technocrates planificateurs. La démographie médicale impliquait de nombreux départs en retraite vers 2005-2010, tandis que la modification du numerus clausus en 1° année de médecine n’aura d’impact sur l’installation effective de nouveaux médecins que dix ans plus tard. Le numerus clausus a été à l’évidence trop restrictif pendant trop longtemps : preuve, si nécessaire, qu’un système bureaucratique est incapable de prévoir dix ou vingt ans à l’avance les besoins de la communauté.

En dehors de la pénurie globale, il y a aussi, dit-on, la mauvaise répartition ; c’est la question mise aujourd’hui en avant. A vrai dire, les médecins suivent d’abord la demande et s’il est vrai qu’il y a plus de médecins dans le sud, il y a aussi plus de personnes âgées, donc plus de besoins de soins. Mais il est vrai aussi que certaines régions, notamment rurales, sont comparativement désertées. Un jeune médecin qui s’installe va privilégier en général une implantation urbaine ou près d’une ville, pour bénéficier lui-même des services culturels ou de loisirs ; c’est bien humain. Pourquoi ? Parce que s’il s’installe dans une zone plus désertique, non seulement l’exercice sera plus difficile (distance à parcourir), mais aussi le niveau de rémunération des actes en secteur 1 sera le même. Ici, une totale liberté des honoraires pourrait régler le problème : la rareté de l’offre de soins faisant monter les prix, donc les honoraires, dans les secteurs où on manque de médecins. En passant aux honoraires fixes, on se prive du régulateur du marché libre.

Résultat : face à cette situation, la CNAM et l’Etat, qui ne veulent pas entendre parler du marché, sont conduits à singer celui-ci. On est donc parti de l’idée de conditionner l’autorisation de tarifs de consultation médicale revalorisés à l’acceptation par les médecins d’exercer au moins une partie de leur activités en zones dites défavorisées.

Mais nos technocrates de la santé sont imaginatifs. La carotte ne suffit pas, il faut aussi le bâton. Ceux qui ne veulent pas s’installer dans les zones désertiques désignées par les pouvoirs publics feront l’objet de sanctions financières. Ainsi dira-t-on aux médecins : installez-vous où vous voulez, mais si c’est dans un endroit que nous n’acceptons pas, vous paierez une amende. Ce n’est donc plus un choix libre et responsable, c’est un choix contraint, donc la fin du vrai libre choix. De plus, on ne propose pas une vraie revalorisation des honoraires pour ceux qui travailleront, au moins en partie, dans les zones en question, mais seulement le passage de la consultation de 22 à 23  euros, ce qui devrait être fait depuis longtemps (la « promesse » date de 2006). Même le plat de lentilles est un peu maigre ! Et si les médecins ne signent pas l’accord, le gouvernement menace de passer par la loi et de céder à la pression des élus locaux.

Quant aux sanctions, même le très modéré Michel Chassang de la CSMF s’indigne « Mettre en place une sorte de service médical obligatoire c’est inacceptable pour les médecins libéraux. Nous ne sommes pas en Union Soviétique ! ». C’est bien dit. Ainsi, les médecins, comme d’autres professions, paient au prix lourd, celui de leur liberté, les errements étatiques : ce sont les médecins qui supportent les conséquences des politiques publiques absurdes menées pendant des années.

 


Le 11 février 2009

 

   
 
   

 

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