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| CASTRO A MOSCOU Fidel
Castro à Moscou, du temps de l’URSS, c’était un grand classique. Raoul Castro
à Moscou, du temps de la Russie postsoviétique, c’est une évolution intéressante.
Comme le titre Le Figaro, «Vingt-deux ans après Fidel, un Castro retourne à Moscou ».
Sauf que le monde a changé, le mur de Berlin s’est effondré et l’URSS est morte
en 1991. Dans les années qui ont suivi, surtout dans la période Eltsine, le goutte
à goutte qui permettait à Cuba de vivre sous perfusion russe a été débranché,
les liens se sont distendus, et l’économie cubaine en a pris un coup, puisqu’elle
vivait essentiellement à l’aide des largesses soviétiques. Près
de vingt ans après, voilà que les liens se resserrent à nouveau. Nous ne sommes
plus sous Eltsine, mais sous Poutine. Raoul Castro est donc passé par Moscou,
et pas seulement pour une visite de courtoisie. Il y est d’ailleurs resté une
semaine entière. Le directeur de l’institut de l’Amérique latine à Moscou parle
d’une visite qui a « une importance historique » et qui « marque
une nouvelle étape ». Or, Medvedev était en Amérique latine en novembre,
et en particulier à Cuba, et il y avait
rencontré Castro, mais aussi de nombreux chefs d’Etat sud-américains, Chavez en
tête, comme il se doit. Moscou veut donc clairement reprendre pied dans cette
partie du monde, longtemps considérée comme « l’arrière-cour » des Etats-Unis. Medvedev
s’était même entretenu avec Fidel Castro lui-même. Peu après, lors de diverses
manœuvres navales, la Russie se montrait dans cette région, y compris à Cuba,
avec escale d’une flottille emmenée par le croiseur nucléaire Pierre Le Grand,
et effectuait des manœuvres communes avec certains Etats de la région. De quoi
chatouiller d’un peu près les Américains. Bien sûr, Poutine jure ses grands dieux
que Moscou ne veut pas de base militaire permanente à Cuba, mais en réalité, ne
serait-ce qu’avec la marine, la Russie fait un retour en force dans cette partie
du monde. Mais
chacun sait l’état de délabrement de l’armée cubaine, avec des équipements militaires
recouverts depuis longtemps par la jungle. Cuba a donc besoin des Russes pour
renouveler, ne serait-ce qu’avec des pièces détachées, l’armement issu de la période
soviétique. Mais la coopération économique est essentielle, surtout si les relations
ne se dégèlent pas vraiment entre Cuba et les USA. Cuba a besoin de l’énergie
russe, à commencer par le pétrole, et le vice-ministre russe chargé de l’énergie
n’est pas venu à Cuba pour faire du tourisme. Mais, au-delà, ce sont les Russes
qui lorgnent sur le Golfe du Mexique et notamment sur la côte cubaine, qui offrent
des perspectives de gisement pétrolier. Quant aux produits de consommation, la
Russie souhaite être plus présente sur le marché cubain et Cuba en a besoin. Et
Moscou n’oublie pas que du temps de l’URSS plusieurs dizaines de milliers de Cubains
sont passés par les universités soviétiques. Au-delà de cette question cubaine, on constate
donc le grand retour de la Russie de Poutine dans cette partie du monde. Les vents
lui sont favorables. Les régimes marxistes sont, hélas, de plus en plus nombreux
en Amérique latine, du Venezuela au Nicaragua en passant par la Bolivie et bien
d’autres. Les régimes sociaux-démocrates, du Chili au Brésil, tout en se méfiant
de la Russie de Poutine, ne sont pas mécontents de mettre un peu les USA en concurrence,
« pour faire monter les prix » dans leurs négociations, militaires ou
commerciales. Certes, Moscou n’en est plus au temps glorieux du soviétisme, mais
la Russie de Poutine a d’importantes ressemblances avec le régime précédent, ne
serait-ce que par la filiation avec l’ex-KGB. Moscou n’est pas un modèle de démocratie
et encore moins d’économie de libre marché, avec un Etat tout-puissant et un régime
autoritaire, sans grandes libertés. La Russie trouve dans ce continent des opportunités
et des régimes foncièrement anti-américains à fédérer. Reprendre pied à Cuba fait
partie de cette habile stratégie.
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