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Les lecteurs du Figaro ont eu droit à un
long entretien des journalistes avec Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas
Sarkozy et, dit-on, inspirateur de sa politique. Compte tenu de son rôle éminent,
il faut y regarder de plus près. Le plus intéressant est la réponse à une question
lui demandant si, au fond, ses solutions ne sont pas social-démocrates. « Les catégories de la vieille politique
ne nous aident ni à comprendre ce qui se passe, ni à trouver des solutions (…).
Le problème des inégalités trouve aujourd’hui sa source principalement dans la
répartition primaire des revenus : le capitalisme financier donnait tellement
au patrimoine et incitait si fortement à la concurrence fiscale qu’il était bien
difficile de corriger cette inégalité par l’impôt. Ce qu’il faut, c’est mettre
en place des règles du jeu économique qui rétablissent l’équilibre entre le capital
et le travail. Dans ce nouveau jeu économique, l’Etat a un rôle plus grand à jouer ». Et voici le sommet : « Dans toutes
les grandes aventures du capitalisme, l’Etat a été présent, il l’a été à Venise,
à Florence, dans le capitalisme commercial du XVII° et du XVIII° siècle, dans
les révolutions industrielles du XIX°, dans les Trente glorieuses. Mais il s’agit
de savoir quel Etat on veut. Ce que nous voulons, c’est un Etat qui entreprend,
qui investit, qui innove, qui instruit, qui protège. Ca n’a rien à voir avec le
vieil Etat social-démocrate, redistributeur et bureaucratique ». Il a mille
fois raison : cela n’a rien à voir. Cela ressemble plutôt au rôle de l’Etat
dans l’ex-URSS. L’Etat entrepreneur, investisseur, innovateur, éducateur, protecteur,
ce ne peut être que l’Etat totalitaire. Le reste paraît presque fade à coté. Il
aurait souhaité face à la crise « qu’on puisse accomplir ce que le Conseil
national de la Résistance a accompli au lendemain de la seconde guerre mondiale,
où communistes, socialistes, centristes, gaullistes avaient ensemble refondé le
pacte social sans qu’aucun d’entre nous n’ait eu le sentiment de se renier ».
Beau programme en effet, centré à l’époque sur les nationalisations et le monopole
étatique de la protection sociale. Aujourd’hui, ce qui est en jeu, c’est la politique
de civilisation : « On y est ! Jamais la question de la civilisation
n’a été aussi clairement posée ! Refonder le capitalisme, c’est une politique
de civilisation ! ». L’orgueil, toujours l’orgueil, la présomption fatale
des hommes du pouvoir. Encore quelques « pépites » ici
ou là : « C’est en soutenant l’activité qu’on lutte contre le risque
déflationniste. L’histoire nous apprend que la plupart du temps c’est par l’inflation
qu’on sort d’une crise d’endettement et de la déflation ». L’inflation, comme
remède à la crise, voilà qui est intéressant. « Dès lors que le système financier
n’est plus en mesure de mobiliser l’épargne pour financer l’économie, il faut
bien que les Etats et les banques centrales le fassent ». « Si l’Etat intervient pour sauver
une entreprise ou une banque en faillite, il en prendra le contrôle ». Mais
bien sûr pas question « de nationaliser toute l’activité » ; sans
doute juste la moitié… « La crise change les rapports entre la politique
et l’économie ». Et puis il est aussi devin : « Le modèle
de demain sera moins patrimonial » (…) « Il sera plus orienté vers la
croissance intérieure que vers la croissance extérieure ». L’accumulation de telles incompétences,
incongruités et mensonges, est assez impressionnante. Malheureusement, Henri GUAINO
n’est pas le seul à vouloir refonder la société, l’économie et la « civilisation »
françaises. Dans un autre article, Le Figaro nous explique que trois hommes définissent
à eux seuls toute la politique économique française. Le « trio stratégique »
«est composé de Stéphane RICHARD (Bercy), François PEROL (Elysée), Antoine GOSSET-GRAINVIELLE
(Matignon). Ces « quadras » ont plusieurs points communs. Devinez lesquels :
ils sont énarques, anciens inspecteurs des finances avant de « pantoufler »
dans le privé (Veolia, Rotschild, Loyrette). Ils ont donc une solide formation
économique, et une connaissance approfondie du monde des entreprises et des syndicats.
Il y a un demi-siècle James Burnham décrivait
« l’ère des organisateurs », et John Kenneth Galbraith lançait l’idée
du « nouvel Etat industriel ». Nous y voici. Fin du capitalisme. Il
ne reste plus à GUAINO et consorts qu’à rejoindre BESANCENOT, c’est la même chose.
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