L’ENA SERA TOUJOURS L’ENA


S’il y a bien un domaine dans lequel on espérait une rupture, c’est celui de l’Etat, à commencer par la haute fonction publique. Le symbole de l’omniprésence de l’Etat en France et de son arrogance, c’est l’Ecole nationale d’administration. Une vraie rupture aurait commencé par supprimer purement l’ENA, qui ne sert qu’à former des hauts fonctionnaires (et hélas parfois des dirigeants d’entreprises) politiquement corrects, élevés au biberon socialiste. Certes, il y a eu bien des réformes de l’ENA (24 depuis sa création en 1945), mais elles n’ont strictement rien changé. Le dernière en date portera sur la suppression du classement de sortie, servant jusque là au choix des affectations.

La nouvelle promotion (2009-2011) vient de se réunir et la description que fait Le Monde de cette semaine d’intégration (dans une station de ski tout de même) est déprimante. Il a d’abord fallu choisir un nom ; au 7ème tour de scrutin, les élèves ont choisi, par 49 voix sur 89 votants, le nom de Robert Badinter. Loin de nous l’idée de critiquer ce choix -chacun pense ce qu’il veut en ce domaine- mais Badinter est à la fois un sénateur socialiste et surtout l’un des grands symboles de la mitterrandie. Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est un choix engagé. Il est vrai qu’il a entre autres battu Colbert, qui n’était pas non plus un grand libéral.

D’autre part, Le Monde note que la diversité ne s’est pas encore imposée à l’ENA. Certes, mais ce qui frappe, plus que la représentation des catégories sociales dites supérieures, c’est la prédominance dans le milieu familial de la fonction publique. Dans cette promotion, et ce n’est qu’un exemple, près de 50% des élèves ont un parent dans l’Education Nationale. Huit ont un parent employé de bureau, 3 sont fils d’ouvrier et un d’agriculteur. Mais rien n’est dit sur les enfants d’entrepreneurs, qui manifestement ne sont pas légion à l’ENA. On reste donc entre soi, fonctionnaires de père en fils. Il paraît, se vante un élève, qu’il n’y a plus ou presque de « fils de… ». Mais il y a beaucoup de fils de fonctionnaires. Est-ce représentatif des forces vives du pays ?

Le Monde interroge quelques élèves. Pour l’un, « l’Etat reste l’acteur le plus légitime pour faire évoluer la société » : voilà qui est tout à fait conforme au principe de subsidiarité, que notre énarque ne doit pas connaître. La société civile, connais pas ! Un autre, qui doit donc représenter suivant ce journal une autre sensibilité, et qui a travaillé en entreprise, croit « au rôle fondamental d’un Etat qui bouge, se restreint dans ses structures, mais va occuper une position de plus en plus stratégique dans l’organisation sociale ». Si c’est le libéral de service, il est bien étatique. Une troisième veut se préparer à affronter « les enjeux auxquels l’Etat va être confronté dans l’environnement et l’énergie ».

Mais qu’on se rassure, ils ont tous le souci du bien commun et de l’intérêt général. La preuve : comme le souligne un autre élève, « les élèves ont passé plus de temps à parler du classement de sortie et de l’affectation du premier stage que de la crise financière ou de l’élection de Barack Obama ». Toujours l’intérêt général. Bien sûr, certains énarques critiquent, mais de manière anonyme, note le journal. Personne ne veut faire entendre officiellement une musique différente. Il est donc clair que l’ENA est et restera toujours l’ENA : la pépinière des cadres socialistes (de droite ou de gauche, peu importe) de l’Etat. Voilà pourquoi, la seule réforme libérale de l’ENA, c’est sa suppression.


Le 4 février 2009

 

   
 

 

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