MINISTRES ET PREFETS PLANIFICATEURS


La sollicitude des pouvoirs publics pour notre économie est sans borne, et cet interventionnisme nous conduit au mauvais classement dans l’échelle des libertés économiques, que nous évoquons dans l’article de conjoncture cette semaine. Voici une nouvelle pièce à verser au procès du dirigisme français : un communiqué de la Présidence de la République sur la question des restructurations. C’est un exemple assez effrayant de la façon dont le pouvoir conçoit l’économie : retour à la panification. On peut trouver l’intégralité du texte sur le site de la Présidence www.elysee.fr .

 

« Communiqué faisant suite à la réunion avec les organisations syndicales sur la prévention et le traitement des restructurations.

Le Président de la République a reçu, en présence des ministres concernés, mardi 13 janvier à 18H00, M. Bernard THIBAULT, secrétaire général de la CGT, M. François CHEREQUE, secrétaire général de la CFDT, M. Jean-Claude MAILLY, secrétaire général de Force Ouvrière, M. Jacques VOISIN, président de la CFTC et M. Bernard VAN CRAEYNEST, président de la CFE-CGC. Cette réunion de travail a permis un tour d'horizon de la situation industrielle du pays. Le Président de la République a également proposé à ses interlocuteurs un schéma permettant de mieux informer et consulter les organisations syndicales sur la prévention et le traitement des restructurations.

Au niveau national, une série de réunions, une par secteur d'activité, sera organisée par Mme Christine LAGARDE, ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi[…] Ces réunions permettront d'examiner la situation économique du secteur, les prévisions sur les prochains mois et les cas d'entreprises connus. Elles seront également l'occasion de faire le point sur les mesures d'accompagnement social et de revitalisation des bassins touchés ainsi que les dispositions permettant d'anticiper les mutations économiques à moyen et long terme, en particulier par la gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences tant au niveau des branches que des bassins d'emplois. La première réunion interviendra avant la fin du mois de janvier et sera consacrée au secteur automobile.

Le Président de la République a demandé à Mme Christine LAGARDE d'envoyer dans les tout prochains jours une instruction aux préfets pour que le même schéma soit reproduit dans les départements […].

 

Le tour d’horizon « sur la situation industrielle du pays » et sur la « prévention et le traitement des restructurations » se fait avec les organisations syndicales, CGT en tête, dont on connaît l’attachement viscéral au dynamisme des entreprises. Il aurait été en revanche inconvenant d’en discuter avec les entrepreneurs qui, eux, c’est bien connu, ignorent tout de la situation industrielle du pays. Le schéma proposé est également fort instructif : une réunion par secteur au niveau ministériel, toujours avec les syndicats. Le détail de ce paragraphe montre qu’on met en place une véritable usine à gaz, que l’on aurait appelé dans d’autres régimes une planification. Comment appeler autrement un organisme ministériel (et syndical) s’occupant d’anticiper les mutations ou de gérer les emplois ? Enfin, comme cela ne suffit pas, on reproduira « le même schéma » au niveau des départements, cette fois autour des préfets, qui sont, c’est bien connu, les mieux placés pour piloter économie et emplois. Voici qui va bien entendu nous éviter une récession. Les syndicats, qui ne songent qu’à bloquer l’économie, et les préfets, qui n’ont jamais vu une entreprise, c’est quand même autre chose que faire appel à des entrepreneurs ou mieux encore les laisser faire. Dans tous les pays du monde, c’est bien connu, ce sont les préfets et les syndicats qui créent les emplois. D’ailleurs Napoléon l’avait déjà dit : « Je veux que les Français datent leur bonheur de l’instauration des préfets ». Encore un ultralibéral, ce Napoléon. Comme Sarkozy.


Le 4 février 2009

 

   
 

 

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